Rédigé par Solène Vasseur·Publié le 05 août 2026·Mis à jour le 30 juin 2026

Après avoir décortiqué les fiches techniques d’une quinzaine de marques de sneakers, je peux vous dire que le terme « matières recyclées » recouvre des réalités très différentes d’une paire à l’autre. Bouteilles en plastique, filets de pêche, pneus usagés, chutes de textile – chaque composant a son propre circuit de transformation et ses propres limites. Voici ce que ces matières sont vraiment, comment elles arrivent dans vos chaussures, et ce qu’elles changent (ou pas) sur le plan écologique.

Les points clés

  • 1 La matière recyclée la plus courante est le PET recyclé (polyester issu de bouteilles plastiques), utilisé pour les tiges et doublures
  • 2 Les semelles intègrent du caoutchouc recyclé (chutes industrielles ou pneus) et parfois de l’EVA recyclé
  • 3 Le nylon recyclé (Econyl, Seaqual) provient de filets de pêche et de déchets industriels
  • 4 « Matières recyclées » ne veut pas dire 100 % recyclé – la proportion varie de 20 % à 100 % selon les marques

Du plastique au textile : comment le PET recyclé devient une chaussure ?

Le PET recyclé (polytéréphtalate d’éthylène recyclé, ou rPET) est de loin la matière recyclée la plus répandue dans l’industrie de la sneaker. Le principe est simple sur le papier : des bouteilles en plastique collectées sont triées, nettoyées, broyées en copeaux, puis fondues et extrudées pour former un fil de polyester. Ce fil est ensuite tissé ou tricoté pour produire le textile de la tige (le dessus de la chaussure).

Chez Saola, la marque annonce que chaque paire intègre entre 3 et 7 bouteilles recyclées. VEJA utilise ce qu’ils appellent le B-Mesh, un tissu entièrement composé de PET recyclé – léger, respirant et imperméable. Ector, marque française basée à Romans-sur-Isère, va plus loin : la tige de ses sneakers est tricotée en polyester 100 % recyclé, avec un procédé qui ne génère aucune chute de matière puisque seule la quantité nécessaire de fil est utilisée.

Ce que beaucoup de fiches produit ne précisent pas : le PET recyclé reste du plastique. Il ne se biodégrade pas, et son lavage libère des microfibres plastiques dans les eaux usées – exactement comme le polyester vierge. La différence environnementale réside dans le fait qu’il évite de produire du polyester neuf (issu du pétrole) et détourne des bouteilles qui finiraient en décharge ou dans l’océan. Mais il ne résout pas le problème des microplastiques.*

différentes matières recyclées utilisées dans les chaussures (granulés de plastique recyclé, fibres textiles, caoutchouc recyclé)

Quels autres matériaux recyclés trouve-t-on dans les chaussures ?

Le caoutchouc recyclé pour les semelles

Les semelles représentent une part importante de l’empreinte carbone d’une chaussure. Plusieurs marques intègrent du caoutchouc recyclé issu de chutes industrielles (résidus de fabrication de semelles) ou de pneus usagés. O.T.A (On The Asphalt), marque française, découpe ses semelles directement dans de vieux pneus – l’équivalent d’un pneu recyclé toutes les 3 paires produites. Leurs tests montrent que ces semelles sont 20 à 50 % moins abrasives que des semelles classiques.

Angarde utilise un mélange de 70 % de caoutchouc recyclé et 30 % de caoutchouc vierge pour ses semelles extérieures. COG, basée à Porto, opte pour 30 % de caoutchouc recyclé dans ses semelles. La proportion varie selon les marques, et c’est un point à vérifier : « semelle en caoutchouc recyclé » peut signifier 30 % comme 100 % de matière recyclée.

Le nylon recyclé issu des océans

Les filets de pêche abandonnés représentent environ 10 % des déchets plastiques retrouvés en mer selon la Surfrider Foundation Europe. Deux filières dominent leur transformation en fil textile : Econyl, créé par l’entreprise italienne Aquafil (première usine inaugurée en 2011 à Ljubljana), et Seaqual, cofondé en Espagne par Ecoalf. Le procédé est similaire dans les deux cas : les filets sont collectés auprès de communautés de pêcheurs, nettoyés, broyés, puis régénérés en fil de nylon.

ME.LAND utilise ces nylons marins pour ses sneakers, en combinaison avec du cuir issu de l’industrie alimentaire. Adidas, via sa collaboration avec Parley for the Oceans, a produit plus d’un million de paires à partir de plastique océanique recyclé. Cependant, un point souvent passé sous silence : sur ces modèles, seule la tige utilise du plastique océanique – la semelle reste en matières conventionnelles.

L’EVA recyclé et le coton recyclé

L’EVA recyclé (rEVA) réutilise la mousse synthétique existante pour les semelles intermédiaires. Saola l’intègre dans ses modèles, combiné à du liège issu de bouchons de vin recyclés pour la semelle intérieure. Le coton recyclé, lui, provient de chutes de l’industrie textile. VEJA l’utilise dans sa flanelle (mélange coton recyclé + polyester recyclé). Subtle propose sa basket Epsilon Metzik avec une tige en 70 % coton recyclé et 30 % viscose, le tout issu de textiles revalorisés.

Le coton recyclé a une limite technique importante : le défibrage mécanique raccourcit les fibres, ce qui rend impossible la production d’un fil de qualité équivalente au coton vierge. C’est pour cette raison qu’Ector a choisi le polyester recyclé plutôt que le coton recyclé pour ses sneakers tricotées – le cahier des charges technique du tricotage exigeait une fibre plus résistante.

Recyclé ne veut pas toujours dire écologique : les pièges à connaître

Le label « matières recyclées » est devenu un argument commercial puissant. Mais quelques précisions s’imposent pour faire la différence entre une démarche réelle et un coup de com’.

Nike, par exemple, appose l’étiquette « Matières Durables » sur ses chaussures contenant au minimum 20 % de matières recyclées. C’est un seuil assez bas. À l’opposé, 1083 x Sessile propose une sneaker 100 % polyester recyclé, conçue pour être réparée puis recyclée en fin de vie. L’écart entre ces deux approches est considérable.

Autre point à surveiller : le recyclage ne compense pas la surproduction. Une paire fabriquée en matières recyclées mais portée trois mois avant d’être jetée n’a rien d’écologique. Les marques les plus cohérentes, comme TBS avec son modèle Resource (composé à 70 % de matières recyclées et conçu pour être recyclé en fin de vie), intègrent la durabilité du produit dans leur démarche – pas seulement l’origine des matériaux.

Piège courant

Le pourcentage de matière recyclée affiché peut concerner un seul composant (la tige, la doublure ou les lacets) et pas la chaussure entière. Vérifiez si le chiffre s’applique à la paire complète ou à une partie seulement. Les labels GRS (Global Recycled Standard) et OEKO-TEX sont de bons indicateurs de fiabilité.

sneakers modernes fabriquées à partir de matériaux recyclés

Comment vérifier qu’une chaussure est vraiment en matières recyclées ?

Quelques réflexes à adopter avant l’achat. D’abord, cherchez le pourcentage précis de matière recyclée et la partie de la chaussure concernée (tige, semelle, doublure, lacets). Les marques transparentes le précisent – celles qui restent vagues ont souvent peu à montrer.

Ensuite, repérez les certifications : le label GRS (Global Recycled Standard) certifie qu’un produit contient au minimum 50 % de composants recyclés et respecte des critères environnementaux et sociaux. Le label OEKO-TEX Standard 100 garantit l’absence de substances nocives dans les textiles. Ces deux certifications sont vérifiables et fiables.

Enfin, renseignez-vous sur la traçabilité de la filière. Savoir que vos sneakers contiennent du « polyester recyclé » est un début. Savoir qu’il vient de bouteilles collectées en Méditerranée, transformées en fil en Italie et tricotées à Saint-Étienne (comme chez Ector), c’est un tout autre niveau de transparence. Si la marque affiche aussi un label vegan, c’est un signal supplémentaire d’une démarche globale et cohérente.

Bonne pratique

Avant d’acheter, consultez la page « matières » ou « éco-conception » du site de la marque. Les entreprises sérieuses y détaillent chaque composant, son origine et sa certification. Si cette page n’existe pas ou reste vague, c’est souvent mauvais signe.

Ce que les lecteurs demandent souvent sur les chaussures recyclées

Les chaussures en matières recyclées sont-elles aussi solides que les autres ? Oui, dans la grande majorité des cas. Le polyester recyclé conserve les mêmes propriétés techniques que le polyester vierge. O.T.A a mesuré que ses semelles en pneu recyclé étaient même 20 à 50 % plus résistantes à l’abrasion que des semelles classiques. La durabilité dépend surtout de la qualité de fabrication, pas de l’origine de la matière.

Combien de bouteilles plastiques faut-il pour fabriquer une paire ? Le chiffre varie selon le modèle. Saola annonce 3 à 7 bouteilles par paire. Ecoalf estime qu’il faut environ 70 à 90 bouteilles pour produire un mètre de fil de nylon recyclé. Le nombre dépend de la surface de textile nécessaire et du type de tricotage ou tissage.

Peut-on recycler des chaussures en matières recyclées en fin de vie ? C’est le point faible du secteur. La plupart des chaussures mélangent plusieurs matériaux (textile, caoutchouc, colle, mousse), ce qui complique le recyclage. Nike a lancé son programme Reuse-A-Shoe dès 1992, qui transforme les paires usagées en granulés (Nike Grind) pour les revêtements de sol sportifs. Sessile propose un service de reprise et de réparation. Mais ces initiatives restent rares.

Le recyclé coûte-t-il plus cher ? Oui, en général. Selon COG, une matière recyclée de qualité peut coûter 2 à 5 fois plus cher qu’une matière d’entrée de gamme classique. Ce surcoût s’explique par la collecte, le tri, la transformation et les certifications. Les sneakers recyclées se situent souvent entre 100 et 180 €, contre 50-80 € pour des modèles conventionnels équivalents.

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Solène Vasseur

Passionnée de mode responsable depuis plus de 8 ans, j'analyse les matières, les marques et les tendances de la chaussure vegan. Mon objectif : vous aider à trouver des chaussures éthiques sans compromis sur le style.