Le cuir de champignon est une matière vegan fabriquée à partir du mycélium — le réseau de filaments souterrains qui constitue la partie végétative des champignons. Il pousse en quelques semaines sur des substrats de déchets agricoles ou de sciure de bois, sans intrant chimique, sans animal. J’ai passé en revue les recherches des principales entreprises du secteur et les fiches techniques de 4 matières alternatives pour mettre ce matériau en perspective avec ce qui existe déjà.
Ce qu’il faut retenir
- ✓ Matière d’origine – le mycélium, réseau racinaire des champignons, cultivé sur déchets agricoles
- ✓ Production rapide – 10 à 15 jours suffisent pour obtenir une plaque de matière
- ✓ Biodégradable et vegan – contrairement au cuir PU, il se décompose naturellement sans résidu plastique
- ✓ Marché encore confidentiel – utilisé surtout dans le luxe, peu accessible au grand public en 2026
- ✓ Deux procédés distincts – mycélium cultivé (MycoWorks, Bolt Threads) et chapeau de champignon séché (Muskin)

Ce que c’est vraiment et ce que les blogs omettent de préciser
On lit souvent que le cuir de champignon est « l’avenir de la mode vegan ». C’est en partie vrai. Mais un point passe systématiquement sous silence : le cuir de champignon et le cuir de mycélium ne sont pas tout à fait la même chose. Ce sont deux procédés différents, aux propriétés et aux origines distinctes.
Le premier procédé, développé notamment par la société californienne MycoWorks, utilise le mycélium : ces filaments souterrains invisibles à l’oeil nu qui forment le vaste réseau racinaire d’un champignon. On les fait pousser dans des moules, sur un substrat de sciure de bois ou de déchets agricoles. Le résultat est une plaque dense, souple, résistante, que l’on teint et traite ensuite. Le Reishi™ de MycoWorks et le Mylo™ de Bolt Threads sont les deux noms commerciaux les plus connus de cette famille.
Le second procédé, mis au point par la société italienne Grado Zero Space, part du chapeau du champignon Phellinus ellipsoideus — une espèce large qui pousse sur les arbres subtropicaux. Le résultat s’appelle le Muskin. Sa texture est différente : un côté rappelle le suède, l’autre le liège. Il ne nécessite aucun traitement chimique : le champignon contient naturellement de la pénicilline, qui limite la prolifération bactérienne et les odeurs.
Comment se fabrique le cuir de mycélium, concrètement
Le processus est plus simple qu’on ne l’imagine. Les souches de mycélium sont d’abord placées sur un substrat de déchets organiques — sciure de bois, résidus de récolte agricole. Ce substrat nourrit le mycélium, qui se développe en un réseau de fibres de plus en plus dense. L’ensemble est contenu dans un moule qui lui donne la forme souhaitée. En 10 à 15 jours, on obtient une plaque de matière prête à être travaillée.
La plaque est ensuite séchée, traitée avec des tannins végétaux pour la stabiliser, puis teinte selon les besoins. Les entreprises les plus avancées, comme MycoWorks, contrôlent finement les paramètres de croissance pour ajuster l’épaisseur, la densité et la souplesse du matériau final. MycoWorks vend son Reishi™ en rouleaux de 2,5 m², ce qui permet de s’affranchir des contraintes de taille liées à la peau d’un animal.
Ce que ça donne au toucher et à l’usage
Le cuir de mycélium a une texture que les testeurs décrivent souvent comme proche du cuir grainé de qualité. Il est souple, léger, et personnalisable : on peut lui donner un aspect lisse, grainé, vieilli ou texturé selon le traitement appliqué. Le Muskin de Grado Zero Space a, lui, une texture plus brute — doux d’un côté, légèrement rêche de l’autre. Ni l’un ni l’autre ne cherche à imiter parfaitement le cuir animal : ils ont leur propre identité visuelle.
Sur la durabilité à long terme, les données restent limitées : le marché est jeune, les séries produites encore réduites. Ce que l’on sait, c’est que les pièces issues des collaborations Hermès x MycoWorks et Stella McCartney x Bolt Threads ont passé les contrôles qualité rigoureux de ces maisons — ce qui est un signal positif, même si ça ne vaut pas des années de port en conditions réelles.
Les avantages environnementaux
Le cuir de champignon surpasse le cuir animal sur quasiment tous les critères environnementaux :
- Eau : une peau de cuir de champignon de la taille d’une peau de vache adulte ne nécessite que quelques semaines de croissance et très peu d’eau. En comparaison, un bovin consomme 60 à 120 litres d’eau par jour pendant 3 ans
- CO2 : pas d’élevage = pas d’émissions de méthane ni de gaz à effet de serre liés à l’élevage (responsable de 14,5% des émissions mondiales selon l’ONU)
- Produits chimiques : le tannage se fait avec des tannins naturels, sans chrome ni formaldéhyde
- Biodégradabilité : le cuir de champignon est naturellement biodégradable en fin de vie, contrairement au cuir synthétique en PVC ou PU
- Surface et moulage : le mycélium peut prendre des formes et tailles définies par son concepteur, éliminant le gaspillage lié à la découpe de peaux animales aux formes irrégulières
Les limites actuelles du cuir de champignon
Le cuir de champignon n’est pas encore parfait :
- Résistance : des tests réalisés par un laboratoire allemand spécialisé ont montré que le cuir de champignon (ainsi que le Piñatex et le liège) casse plus rapidement que le cuir traditionnel
- Prix : la production encore limitée maintient des coûts élevés. Les produits en cuir de champignon restent cantonnés au haut de gamme et au luxe
- Disponibilité : peu de marques grand public utilisent cette matière. Elle est surtout présente chez les marques de luxe
- Composition hybride : certains cuirs de champignon sont renforcés avec du polyester ou du PLA (acide polylactique), ce qui réduit leur caractère 100% naturel
Qui sont les acteurs majeurs du cuir de champignon ?
MycoWorks (Californie, USA)
Fondée en 2013, MycoWorks est connue pour avoir développé le Reishi™, un cuir de champignon haut de gamme issu du mycélium de Ganoderma lucidum et Pleurotus ostreatus. Le mycélium est cultivé dans des moules et en épouse la forme, permettant de créer des configurations précises.
MycoWorks est notamment célèbre pour sa collaboration avec Hermès sur le sac Victoria en cuir de champignon Sylvania — une première historique pour la maison de luxe française.
Bolt Threads (USA)
Créateur du Mylo™, Bolt Threads a conclu des partenariats exclusifs avec le groupe Kering (Gucci, Saint Laurent, Balenciaga), Stella McCartney et Adidas. Le Mylo™ est cultivé sur des substrats agricoles et traité pour obtenir un matériau doux et résistant.
Grado Zero Space (Italie)
Inventeur du Muskin, un cuir fabriqué à partir du chapeau du champignon Phellinus ellipsoideus, une espèce que l’on trouve sur les arbres subtropicaux. Le procédé est différent de celui de MycoWorks car il utilise le champignon entier plutôt que le mycélium seul. Le Muskin ressemble à du daim et est 100% biodégradable.
Ce qui le distingue des autres cuirs vegan
Pour comprendre ce que le cuir de champignon apporte réellement, il faut le comparer aux autres options disponibles. La grande majorité du « cuir vegan » vendu aujourd’hui — y compris dans des marques qui se présentent comme éthiques — est du cuir PU (polyuréthane), un matériau dérivé du pétrole. Il est durable, peu coûteux, mais ni biodégradable ni biosourcé.
Le Pinatex (fibres de feuilles d’ananas) et le cuir de cactus sont, eux, des matières végétales — mais ils contiennent encore une proportion de résine PU dans leur composition, ce qui les rend non biodégradables à 100 %. C’est un point que les fiches produit mentionnent rarement. Pour aller plus loin sur les alternatives au cuir animal, la page sur le cuir vegan détaille les différences entre ces matières.
Le cuir de mycélium, lui, est entièrement biosourcé et biodégradable — à condition que le traitement final n’intègre pas d’additifs plastiques. C’est ce qui le différencie structurellement des autres alternatives. L’entreprise française Fungus Sapiens, qui produit son Maelium™ à Bordeaux, revendique zéro pétrochimie dans son procédé. C’est encore rare.
À vérifier si vous achetez un produit « en cuir de champignon »
Certaines marques utilisent le terme de façon approximative. Vérifiez que la fiche produit mentionne explicitement « mycélium » ou « Mylo™ / Reishi™ / Maelium™ ». Si aucun nom de matière précis n’est indiqué, il peut s’agir d’un mélange comportant du PU — ce qui est très différent.
Les marques qui l’utilisent et ce que ça dit du marché
En 2021, Hermès a présenté son sac Victoria fabriqué en partenariat avec MycoWorks, à partir du Reishi™ — trois années de développement exclusif entre les deux entreprises. Le mycélium est cultivé par MycoWorks, puis tanné et fini en France par les tanneurs de la maison. En 2022, Stella McCartney lançait le sac Frayme Mylo™ avec Bolt Threads, en édition limitée à 100 exemplaires. Adidas a de son côté présenté une Stan Smith en Mylo™, et Lululemon un tapis de yoga à base de mycélium.
Ce que ces collaborations révèlent : le cuir de champignon fonctionne techniquement, il passe les contrôles de qualité des marques les plus exigeantes. Mais il reste pour l’instant cantonné au segment luxe et aux éditions limitées. La raison est simple : le coût de production reste élevé, et le passage à l’échelle industrielle est encore en cours. Matt Scullin, PDG de MycoWorks, l’a dit directement — le luxe est la porte d’entrée, les marques accessibles viendront ensuite.
Du côté français, Fungus Sapiens pousse une approche différente : fabriquer en France, à plus petite échelle, avec zéro additif plastique. Une filière qui mérite d’être suivie, même si la production reste confidentielle.
Avantages réels, limites honnêtes
Qu’est-ce qui plaide pour le cuir de champignon
- Production en 10 à 15 jours, contre 3 ans d’élevage pour un bovin
- Consommation d’eau estimée à 40 litres par m², contre environ 150 000 litres pour du cuir bovin
- Cultivable sur des déchets agricoles : sciure, résidus de récolte — économie circulaire directe
- Biodégradable en fin de vie, sans résidu toxique — à condition que le traitement final soit exempt d’additifs plastiques
- Personnalisable : épaisseur, texture, couleur, taille — sans contrainte liée à la taille d’une peau animale
- Zéro intrant chimique pour la croissance du mycélium, qui contient naturellement de la pénicilline
Ce qu’il faut savoir avant d’idéaliser la matière
- Disponibilité très limitée : en 2026, les produits grand public en cuir de champignon restent rarissimes
- Prix élevé : les coûts de production sont encore loin d’être compétitifs avec le cuir PU ou même le Pinatex
- Durabilité à long terme peu documentée : on manque de retours sur plusieurs années de port intensif
- Nouvelle filière : construire une industrie de zéro génère aussi des déchets et une empreinte propre, difficiles à évaluer aujourd’hui
- Certains procédés intègrent encore des finitions synthétiques pour améliorer la résistance à l’eau — ce qui nuance le bilan biodégradable

Ce que vous pouvez trouver en 2026
Chercher une paire de chaussures en cuir de champignon aujourd’hui relève du défi. Les quelques pièces commercialisées sont soit des éditions limitées de marques de luxe, soit des créations artisanales à prix prohibitif. Ce n’est pas une matière que l’on trouve en rayon.
La situation devrait évoluer d’ici 2027-2028 si les projets de montée en production des grandes entreprises du secteur aboutissent. En attendant, si votre priorité est de porter une chaussure vegan qualitative et accessible, les alternatives les plus réalistes restent le cuir PU premium des marques spécialisées, ou le Pinatex sur certains modèles — en sachant ce qu’ils contiennent réellement.
Ce qu’on nous demande souvent
Le cuir de champignon est-il vraiment vegan ?
Oui, à 100 %. Aucun animal n’est impliqué dans sa production. Il est d’ailleurs certifié PETA-Approved Vegan chez plusieurs fabricants. Le mycélium est un organisme fongique, pas animal.
Quelle différence entre cuir de champignon et cuir mycélium ?
C’est souvent la même chose — le mycélium est la matière racinaire des champignons. La nuance : le Muskin de Grado Zero Space est fabriqué à partir du chapeau du champignon séché, pas du mycélium cultivé. Les propriétés sont proches mais les procédés diffèrent.
Est-ce que le cuir de champignon est résistant à l’eau ?
Pas naturellement. Comme la plupart des matières végétales, il absorbe l’humidité. Certains fabricants ajoutent un traitement hydrofuge en finition. Sans traitement, la matière est respirante et absorbante — ce qui peut être un avantage pour des accessoires portés à même la peau, mais un inconvénient pour des chaussures portées sous la pluie.
Où acheter du cuir de champignon ?
Aujourd’hui, les produits grand public sont très rares. Quelques créateurs indépendants proposent des maroquineries en Mylo™ ou en Maelium™, à des prix artisanaux. Pour les chaussures, il n’existe pas encore d’offre accessible et disponible sur le marché français.
Le cuir de champignon remplacera-t-il le cuir animal ?
Pas à court terme. Le marché du cuir animal pèse des milliards d’euros et une infrastructure industrielle massive. Le cuir de mycélium en est encore aux premières étapes de son industrialisation. Son potentiel est réel, mais la transition prendra du temps — et dépendra largement de l’engagement des grandes marques à investir dans des volumes de production plus importants.
L’avenir du cuir de champignon
Les investissements dans cette matière explosent. En 2026, le cuir de champignon est en passe de devenir la première alternative végétale crédible au cuir animal pour l’industrie de la mode et de la maroquinerie.
Les défis restants : réduire les coûts de production pour démocratiser l’accès, améliorer la résistance à l’usure, et augmenter les capacités de production pour passer à l’échelle industrielle.
Si ces défis sont relevés, le cuir de champignon pourrait bien devenir le matériau standard de la mode durable dans les années à venir.
Pour aller plus loin, consultez notre guide complet du cuir vegan, notre article sur le Demetra de Gucci, ou notre sélection des meilleures marques de chaussures vegan.