Après avoir analysé les cahiers des charges de 6 certifications vegan disponibles en France, un constat s’impose : tous les labels ne se valent pas. Certains exigent un audit physique du site de production, d’autres se contentent d’un dossier déclaratif. Un label vegan est un logo apposé sur un produit par un organisme certificateur indépendant. Celui-ci garantit l’absence d’ingrédients d’origine animale et, selon les cas, l’absence de tests sur les animaux. Le problème, c’est que le terme « vegan » n’est toujours pas protégé par la législation française – n’importe quelle marque peut l’afficher sans contrôle tiers.
Label vegan : définition et fonctionnement
Un label vegan est une marque de certification délivrée par un organisme indépendant – ni par l’État, ni par la marque elle-même. Il atteste qu’un produit respecte un cahier des charges précis. C’est par exemple l’absence de matières premières animales dans la composition, absence de sous-produits animaux dans le processus de fabrication, et absence de tests sur les animaux.

La différence avec une simple mention « vegan » sur un emballage est fondamentale. N’importe quelle marque peut écrire « vegan » sur son packaging sans aucun contrôle extérieur. Les labels, eux, impliquent un audit documentaire (analyse des fiches techniques de chaque ingrédient) et parfois un audit physique du site de production, comme le fait EVE Vegan en France. C’est d’ailleurs ce qui distingue les labels les plus fiables des simples programmes de licence où la marque paie pour utiliser un logo.
Un point que beaucoup ignorent : la plupart des labels certifient des produits individuels, pas des marques entières. Une marque peut avoir 3 produits certifiés vegan et 15 autres qui ne le sont pas. Cattier, par exemple, fait certifier une partie croissante de sa gamme par EVE Vegan. Toutefois, tous ses produits ne portent pas le label.
Label vegan vs cruelty-free – la confusion à éviter
C’est la source de malentendu la plus fréquente. Un produit cruelty-free garantit uniquement l’absence de tests sur les animaux. Cependant, il peut tout à fait contenir de la cire d’abeille, du miel, de la lanoline (graisse de laine) ou du carmin (pigment issu d’insectes). Le label One Voice, par exemple, n’exclut pas l’utilisation du miel et de la cire d’abeille. Ses produits ne sont donc pas toujours vegan.
Un produit certifié vegan est automatiquement cruelty-free (les tests sur animaux sont exclus). Mais l’inverse n’est pas vrai. PETA a bien compris cette nuance en proposant deux labels distincts : « Cruelty-Free » (pas de tests) et « Cruelty-Free and Vegan » (pas de tests + aucun ingrédient animal).
Autre subtilité : l’interdiction des tests sur animaux pour les cosmétiques finis est déjà la norme dans toute l’Union européenne depuis le règlement du 11 mars 2013. Ce que les labels cruelty-free apportent en plus, c’est la garantie que les ingrédients eux-mêmes n’ont pas été testés sur des animaux. Et cela comprends les ingrédients par les fournisseurs tiers. La réglementation européenne ne couvre pas ce point.
Les certifications vegan à connaitre en France
Quatre labels se partagent l’essentiel du marché français. Leurs niveaux d’exigence varient sensiblement.
V-Label (Union Végétarienne Européenne)
Créé en 1996 en Suisse, le V-Label est aujourd’hui présent dans plus de 50 pays et apposé sur plus de 70 000 produits certifiés par plus de 4 800 entreprises. Il couvre l’alimentaire, la cosmétique et les produits d’entretien. Le V-Label propose deux niveaux : « végétarien » et « végane ». Pour la certification vegan, le produit ne doit contenir aucun ingrédient d’origine animale ni OGM. Et la contamination croisée avec des matières animales doit être évitée à chaque étape de la production.
EVE Vegan (Expertise Végane Europe)
C’est le seul organisme certificateur français dédié au vegan, créé par l’association Vegan France. EVE Vegan se distingue par la rigueur de son processus : examen documentaire approfondi + audit physique du site de production. Son cahier des charges exclut non seulement les ingrédients animaux, mais aussi certaines substances controversées. C’est notamment le cas des parabènes, phtalates, EDTA, aspartame et nanoparticules. EVE Vegan certifie l’alimentaire, la cosmétique, le textile et les détergents.
The Vegan Society (Vegan Trademark)
La Vegan Society, fondée en 1944 au Royaume-Uni, est l’organisation qui a inventé le mot « vegan ». Sa marque de certification, la Vegan Trademark, existe depuis 1990 et figure aujourd’hui sur plus de 70 000 produits dans le monde. Le label garantit l’absence de produits animaux dans la composition et la fabrication, l’absence de tests sur les animaux et l’absence d’OGM.
PETA Approved Vegan
PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) délivre le label « Cruelty-Free and Vegan » qui combine deux garanties : aucun test sur les animaux par la marque, et aucun ingrédient d’origine animale. La certification PETA est largement utilisée dans la mode et la cosmétique. Elle fonctionne sur un système déclaratif – la marque signe une lettre d’assurance – ce qui la rend moins contraignante que les audits d’EVE Vegan ou du V-Label.
À savoir
La norme ISO 23662, publiée en mars 2021, propose une définition internationale du terme « végétalien » pour l’alimentaire. Mais elle a été rejetée par les principales associations véganes européennes car elle autorise les tests sur animaux lorsque la réglementation l’exige, et ne couvre ni le textile ni la cosmétique.
La réglementation en France et en Europe
En France, le terme « vegan » n’est encadré par aucune loi. Il n’existe pas d’équivalent du label AB (Agriculture Biologique) pour les produits vegan. Les contrôles sont assurés par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence), mais uniquement en cas de plainte ou de signalement – pas de manière systématique. Les labels vegan restent des certifications privées volontaires.
Au niveau européen, la situation est à peine plus claire. Le règlement cosmétique de 2013 interdit les tests sur animaux pour les produits finis, mais ne dit rien sur la composition vegan. La norme ISO 23662, publiée en 2021, définit les termes « végétarien » et « végétalien » pour l’alimentaire, mais elle reste limitée aux aliments et aux communications B2B. Elle ne couvre ni la cosmétique, ni le textile, ni les chaussures.
Un cas particulier concerne le cuir. En France, le décret du 29 janvier 2010 réserve l’appellation « cuir » aux produits d’origine animale. Les marques de chaussures vegan ne peuvent donc pas utiliser le terme « cuir vegan » sur le territoire français sans risque juridique – ce qui explique l’apparition d’expressions alternatives comme « similicuir » ou « matière végétale ». Les labels comme la certification LWG concernent le cuir animal, pas les alternatives vegan.

Comment vérifier qu’un produit est certifié vegan ?
Le logo sur l’emballage ne suffit pas toujours. Voici une méthode de vérification en 3 étapes.
Étape 1 : identifier le label exact. Chaque organisme a un logo spécifique – le V jaune sur fond vert du V-Label, le tournesol d’EVE Vegan, la fleur de la Vegan Society. Un simple mot « vegan » sans logo associé n’est pas une certification.
Étape 2 : vérifier sur le site officiel de l’organisme. Le V-Label, EVE Vegan et la Vegan Society publient tous un annuaire en ligne des produits certifiés. Si le produit n’y figure pas, la certification est douteuse.
Étape 3 : distinguer la certification produit de la certification marque. Leaping Bunny certifie des marques entières (tous les produits sont cruelty-free). La plupart des labels vegan, eux, certifient produit par produit. Vérifiez que le produit spécifique que vous achetez porte bien le label, pas juste la marque en général.
Piège courant
Certaines marques créent leur propre pictogramme « vegan » sans passer par un organisme certificateur. Ces logos maison n’ont aucune valeur de certification – ils relèvent uniquement de la communication marketing. Seul un label délivré par un tiers indépendant (V-Label, EVE Vegan, Vegan Society, PETA) apporte une garantie vérifiable.
Questions fréquentes sur les labels vegan
Un produit vegan est-il forcément bio ?
Non. Les labels vegan et les labels bio (AB, Ecocert, Cosmébio) couvrent des critères différents. Un produit peut être certifié vegan et contenir des ingrédients issus de l’agriculture conventionnelle avec pesticides. EVE Vegan est le seul label vegan qui exclut certaines substances comme les parabènes et les phtalates, mais il ne certifie pas le mode de culture des ingrédients.
Un label vegan garantit-il un produit écologique ?
Pas automatiquement. Un produit en cuir PU (polyuréthane) certifié vegan reste un dérivé pétrochimique dont la production génère des émissions de CO2. Les labels vegan se concentrent sur l’absence de matières animales, pas sur l’empreinte carbone ou la biodégradabilité. Pour un achat à la fois vegan et écologique, croisez le label vegan avec des certifications environnementales comme OEKO-TEX ou GOTS.
Les labels vegan sont-ils gratuits pour les marques ?
Non. La certification implique des frais de dossier, d’audit et de licence annuelle. Le coût varie de quelques centaines d’euros pour une petite marque chez PETA à plusieurs milliers d’euros pour une certification EVE Vegan avec audit de site. Ce coût explique en partie pourquoi certaines petites marques artisanales préfèrent l’auto-déclaration, même si leurs produits sont objectivement vegan.
Un cosmétique vendu en Chine peut-il être certifié vegan ?
C’est compliqué. La Chine exige des tests sur animaux pour les cosmétiques « spéciaux » (solaires, anti-âge, colorations) vendus en boutique physique sur son territoire. Une marque qui commercialise ces catégories de produits en Chine continentale ne peut pas obtenir un label Leaping Bunny ni One Voice. Certains labels vegan comme la Vegan Society ne prennent en compte que la composition, pas la politique de distribution de la marque – ce qui crée une zone grise.