L’espadrille traditionnelle – toile de coton cousue sur une semelle de jute tressé – est, par construction, très proche d’une chaussure vegan. Le problème vient ailleurs : des empiècements en cuir ou en suédine ajoutés sur les modèles mode, et des colles d’assemblage qui peuvent contenir des dérivés animaux. Résultat, certaines espadrilles « écologiques » ne sont pas vegan, et d’autres paires très basiques à 25 euros le sont sans le revendiquer. Après avoir comparé une quinzaine de marques espagnoles, françaises et portugaises, voici comment choisir la paire qui correspond vraiment à votre usage.
Ce qui fait qu’une espadrille est vraiment vegan
Sur le papier, l’espadrille originelle est une chaussure simple : une tige en toile de coton ou de lin cousue sur une semelle plate en corde de jute ou de chanvre. Aucune matière animale dans la construction de base. C’est une des rares chaussures occidentales qui n’a jamais intégré le cuir comme matériau principal, contrairement aux bottes ou aux mocassins.
Le problème arrive avec trois zones à vérifier :
- Les empiècements et lanières. Beaucoup de modèles contemporains ajoutent une bride, un embout ou un contrefort en cuir, en suédine ou en peau retournée. Dès qu’il y a un de ces éléments, la paire n’est plus vegan, même si la marque parle d’écoresponsabilité.
- La colle d’assemblage. Les espadrilles traditionnelles cousues à la main (technique espagnole et basque) n’utilisent pas de colle. Mais la plupart des modèles industriels collent la tige à la semelle, et certaines colles néoprène contiennent des dérivés animaux. Les marques vraiment vegan précisent soit une construction cousue, soit l’usage d’une colle d’origine synthétique ou végétale.
- La doublure intérieure. Une semelle de propreté en cuir pleine fleur trahit la vraie nature d’un modèle. Les espadrilles vegan utilisent du coton, du liège ou du polyester recyclé pour la doublure.
La règle pratique : si une marque revendique une certification PETA-Approved Vegan ou un label vegan équivalent, les trois points ci-dessus sont verrouillés. Sans certification, il faut lire la fiche matière complète avant d’acheter.

Quelle espadrille vegan selon votre profil
La bonne paire dépend de trois facteurs : l’usage que vous en faites, votre budget, et le niveau d’exigence sur la fabrication. Voici les cas de figure les plus courants.
Vous cherchez une paire simple pour l’été, moins de 40 euros
La marque française Payote fabrique des espadrilles au Pays basque français avec de la toile en coton recyclé et des semelles en corde naturelle et caoutchouc recyclé. Les modèles unis démarrent à 24 euros, les rayés autour de 30 euros. Les modèles à motifs imprimés utilisent des encres végétales, ce qui les rend compatibles avec une démarche vegan, mais vérifiez la composition paire par paire car certaines références intègrent du cuir vegan à base de marc de raisin (plus chères, autour de 55 euros).
Jules & Jenn, également basée dans les Pyrénées-Atlantiques, annonce clairement des espadrilles véganes en toile de coton et coton recyclé, semelles en jute et latex, avec un prix d’entrée à 30 euros. La marque fabrique en France et propose des pointures unisexes du 36 au 47, ce qui règle la question homme ou femme en un modèle.
Vous voulez une paire pour l’usage quotidien, y compris en ville
Will’s Vegan Store propose des espadrilles recyclées fabriquées dans une usine familiale en Espagne. La particularité : la tige est réalisée à partir de bouteilles plastique 100% recyclées (certification Recycled Standard), cousue sur une semelle en jute naturel avec une couche de caoutchouc pour l’adhérence. C’est cette couche de caoutchouc qui change tout pour un port quotidien – elle protège le jute des flaques et de l’humidité urbaine. La marque est PETA-Approved, toutes les colles sont synthétiques. Fourchette de prix : 40 à 60 euros.
Piège courant
La semelle en jute naturel ne supporte pas l’eau. Les fibres se gorgent d’humidité, dégagent une odeur au séchage, et la corde rétrécit en durcissant. Si vous portez vos espadrilles souvent ou en environnement humide, choisissez impérativement un modèle avec une semelle vulcanisée (caoutchouc imprégné dans le jute à haute température) ou une couche caoutchouc ajoutée sous le jute.
Vous voulez un modèle plus habillé ou compensé, pour une occasion
Minuit sur Terre, marque française fabriquée au Portugal, propose des espadrilles compensées pour femme à partir de matières recyclées et de dérivés agroalimentaires : marc de raisin, pomme, céréales selon les modèles. Les prix tournent autour de 70 à 90 euros pour les compensées. Pour qui cherche de la hauteur sans talon haut rigide, c’est la référence la plus solide du marché français.
Côté espagnol, la marque Toni Pons (modèle Lauren) fabrique des espadrilles compensées 100% véganes en tissu de coton, avec semelle extérieure en jute, base antidérapante en caoutchouc et assemblage cousu main au fil de coton. Prix autour de 55-65 euros. La fabrication andalouse est historique, cette maison existe depuis près de 80 ans.
Vous cherchez un modèle homme, pas une version mixte
Les vraies espadrilles hommes vegan sont rares. Les marques généralistes ont tendance à décliner un modèle mixte et à l’appeler « homme » en XL. Will’s Vegan Store et Payote proposent de vrais modèles pensés pour un pied masculin (toile épaisse, semelle plus rigide, coupe plus large au talon). La marque anglaise Komodo fait également des espadrilles hommes fabriquées à Bali, dans un style rayé classique. Si vous êtes adepte des toiles de type alpargata, la gamme Toms vegan reprend le principe de la tige en toile légère cousue sur une semelle fine, dans une coupe homme plus répandue que les espadrilles européennes traditionnelles.
Comparatif rapide des quatre marques de référence
Les critères à vérifier avant d’acheter
Au-delà de la marque, quatre critères distinguent une bonne paire d’une paire moyenne.
Le lieu et le mode de fabrication
L’espadrille est un savoir-faire pyrénéen. La capitale française historique est Mauléon, dans les Pyrénées-Atlantiques, où la production s’est industrialisée au XIXe siècle. Côté espagnol, la tradition remonte à plusieurs siècles. Une paire fabriquée dans ces régions par un atelier local garantit une construction cousue et une qualité de jute contrôlée. À l’inverse, les espadrilles produites en masse en Asie sont souvent des imitations collées, avec un jute moins dense et une durée de vie plus courte.
La matière exacte de la tige
Le coton est la matière historique. Le coton recyclé (Payote, Jules & Jenn) et le PET recyclé issu de bouteilles plastique (Will’s Vegan Store) sont des alternatives vegan modernes qui tiennent bien la route. Méfiez-vous des tiges en « toile suédée » ou « cuir synthétique » non précisé : derrière ces termes marketing, il peut y avoir du polyuréthane de bas de gamme ou, plus rare mais possible, du suédé enduit sur base cuir.
La semelle et son comportement à l’usage
Une semelle de jute pur (1 cm d’épaisseur environ) est légère et souple, mais craint l’eau. Pour un usage plage ou jardin, c’est parfait. Pour un usage quotidien en ville, préférez une semelle vulcanisée (le caoutchouc est imprégné dans le jute à chaud) ou une couche de caoutchouc ajoutée en dessous. Cette construction double allonge la durée de vie de la paire de plusieurs mois.
Les labels et certifications
Le label PETA-Approved Vegan est le plus répandu et vérifie l’absence totale de matière animale, colles comprises. Will’s Vegan Store, FAGUO et d’autres marques l’affichent. Le Global Recycled Standard (GRS) certifie les matières recyclées (PET, coton). L’Oeko-Tex garantit l’absence de substances nocives dans les textiles mais ne concerne pas le caractère vegan. Le label Masters of Linen (marque Bhallot) certifie une fabrication 100% française pour le lin, de la récolte à la confection.
Mon astuce
Sur un site de marque, cherchez la mention « cousue main » ou « sans colle ». Les espadrilles cousues sont systématiquement vegan côté assemblage (pas de question de colle à se poser) et durent plus longtemps à l’usage. Les ateliers de Mauléon et certaines maisons espagnoles comme Toni Pons ou Diegos travaillent sur ce principe.
Ce qu’il faut savoir sur l’entretien
Les espadrilles se nettoient avec une éponge légèrement humide et un peu de savon de Marseille sur la toile. La semelle en corde naturelle ne doit jamais être trempée. Si vous vous faites surprendre par la pluie, séchez la paire à l’air libre, pas près d’une source de chaleur, et évitez de la porter tant que la corde est humide.
La toile imprimée (polyester) se nettoie plus facilement que la toile coton, qui peut marquer. Pour prolonger la durée de vie, stockez vos espadrilles dans un endroit sec, sans les écraser – la semelle de jute garde la mémoire de la forme sous pression.

Les espadrilles vegan bien entretenues tiennent une à deux saisons complètes en usage régulier. C’est moins qu’une basket en cuir vegan épais mais le prix est généralement deux à trois fois moindre, ce qui rend la chaussure parfaitement rentable pour un usage estival. Pour aller plus loin sur les matières et leur durabilité, la page marques chaussures vegan détaille les choix de plusieurs fabricants sur l’ensemble de leur gamme, pas uniquement sur les espadrilles.
Questions fréquentes
Les espadrilles traditionnelles sont-elles toutes vegan ?
Non, pas automatiquement. Une espadrille basique en toile de coton et jute pur n’a pas de matière animale dans sa construction, mais la colle d’assemblage et les éventuels empiècements (bride en cuir, contrefort en peau) peuvent changer la donne. Il faut lire la fiche produit ou chercher une certification vegan pour être sûr.
Quelle différence entre une espadrille vegan et une espadrille écoresponsable ?
Vegan signifie « sans matière animale » (pas de cuir, pas de laine, pas de colle d’origine animale). Écoresponsable signifie « à faible impact environnemental » (matières recyclées, fabrication locale, circuits courts). Une espadrille peut être l’un sans l’autre. Les marques comme Payote, Will’s ou Minuit sur Terre cumulent les deux, mais ce n’est pas automatique.
Peut-on trouver des espadrilles vegan en grande surface ou chez des enseignes comme André ou La Halle ?
Parfois, oui, mais la composition est rarement indiquée précisément. Les espadrilles d’entrée de gamme vendues en grande surface n’ont souvent pas de certification, et la colle comme les finitions ne sont pas documentées. Pour un achat vegan sans doute, mieux vaut passer par des marques qui l’affichent clairement.
Les espadrilles à talons peuvent-elles être vegan ?
Oui. Les modèles compensés de Minuit sur Terre, Toni Pons ou Mireia Playa sont entièrement vegan (toile, jute, caoutchouc, colle synthétique). Les espadrilles à talon haut avec bride ou lanières demandent plus de vigilance : vérifiez que les brides ne sont pas en cuir ou en suédine.
Les espadrilles homme vegan existent-elles ?
Oui, mais l’offre est plus restreinte que pour les femmes. Will’s Vegan Store, Payote, Jules & Jenn et Komodo proposent des modèles pensés pour un pied masculin. Les alpargatas à semelle fine, dans l’esprit des sneakers en toile, sont une alternative plus large en pointures homme si vous ne trouvez pas votre bonheur sur les modèles européens traditionnels.