Le Desserto est une matière alternative au cuir animal fabriquée au Mexique à partir de feuilles de cactus Nopal, mélangées à du polyuréthane biosourcé. Lancée en 2019 par la société Adriano Di Marti, cette matière est aujourd’hui utilisée par des marques comme Adidas, H&M, Fossil ou Mercedes-Benz.
Le Desserto, une matière née d’un cactus mexicain
Le Desserto a été développé par deux entrepreneurs mexicains, Adrián López Velarde et Marte Cázarez, réunis au sein de la société Adriano Di Marti. Après deux ans de recherche, ils présentent leur matériau au salon international Lineapelle de Milan en 2019. C’est la première matière au monde conçue à partir du cactus Nopal, aussi appelé figuier de Barbarie.
J’ai croisé une douzaine de sources techniques et commerciales sur le sujet depuis 2022. Le Desserto se distingue des autres alternatives végétales (pinatex, cuir de pomme, cuir de champignon) par un choix précis : utiliser une plante qui pousse sans irrigation, sans engrais, et qui se régénère en 6 à 8 mois sans qu’on l’abatte.
Le cactus est récolté dans le ranch d’Adriano Di Marti, situé dans l’État de Zacatecas. Les feuilles matures sont coupées à la main sans endommager le pied. La même plante peut donc être exploitée plusieurs fois par an pendant environ 8 ans, durée de vie moyenne d’une plantation de Nopal.

Pourquoi le choix du Nopal
Le Nopal n’a rien d’anodin. Il pousse en abondance au Mexique, absorbe d’importantes quantités de CO2, et résiste à des conditions climatiques extrêmes. Selon les chiffres communiqués par Desserto, leur ferme de 14 hectares absorbe environ 8 100 tonnes de CO2 par an, pour seulement 15 tonnes émises par l’activité de culture. Aucun système d’irrigation n’est nécessaire : la plante pousse à l’eau de pluie.
À titre de comparaison, produire 1 kg de biomasse de cactus demande environ 200 litres d’eau, contre 1 000 litres pour la plupart des autres cultures textiles. C’est cette combinaison (puits de carbone + culture sobre + récolte sans abattage) qui explique le bilan environnemental favorable de la matière finale.
Comment le cuir de cactus est fabriqué
Le procédé est breveté, mais les grandes étapes sont publiques. Contrairement à ce que laisse penser le nom « cuir de cactus », la matière n’est pas faite uniquement de cactus – elle combine du végétal, un liant et un support textile.
Les étapes de fabrication
- Récolte : les feuilles matures du Nopal sont coupées à la main tous les 6 à 8 mois, sans couper la plante.
- Séchage solaire : les feuilles sèchent 3 jours au soleil, sans apport énergétique.
- Broyage : la pulpe est réduite en poudre.
- Mélange : la poudre est combinée à un liant de polyuréthane biosourcé (issu d’huiles végétales) et à des pigments d’origine végétale.
- Application sur support textile : le mélange est étalé sur une trame en tissu recyclé ou en coton, puis pressé.
- Finition : teinture, gaufrage éventuel, contrôle qualité.
Il faut environ 3 feuilles de cactus pour produire 1 mètre linéaire de Desserto. La matière existe en plusieurs épaisseurs (0,6 mm en version souple, jusqu’à 1,2 mm en version ferme) et dans plus de 40 coloris.
Le point que les articles grand public oublient
Le Desserto est certifié USDA Biobased à 65 %. Ce chiffre est important à comprendre : il signifie que 65 % du contenu de la matière provient de sources biologiques renouvelables (le cactus, les huiles végétales du bio-PU, les pigments). Les 35 % restants sont essentiellement le support textile et la part non biosourcée du polyuréthane.
On lit parfois que le Desserto est « 100 % biodégradable » ou « 100 % naturel ». C’est inexact. La marque elle-même parle de matière partiellement biodégradable. La présence de polyuréthane, même biosourcé, empêche une décomposition complète en compost domestique. C’est une alternative beaucoup plus vertueuse que le cuir PU classique, pas une matière qui disparaît dans la nature en quelques mois.
Quels sont les avantages du Desserto
Le bilan environnemental est le point le plus documenté. Adriano Di Marti a publié une analyse du cycle de vie comparative qui donne trois ordres de grandeur utiles à retenir.
Les chiffres environnementaux
- Émissions de CO2 : 1,39 kg de CO2 équivalent par mètre carré de Desserto, contre 4,81 kg pour le cuir PU synthétique et 27,30 kg pour le cuir animal, soit 20 fois moins que le cuir animal.
- Énergie : 34,33 mégajoules par mètre carré pour le Desserto, contre 92,93 pour le cuir PU et 335,84 pour le cuir animal.
- Eau : consommation environ 170 000 fois inférieure au cuir de tannerie selon les données MAES Paris, qui a fait évaluer la matière par le Centre Technique du Cuir de Lyon.
Les propriétés techniques
Sur le plan technique, le Desserto présente une bonne résistance à l’abrasion, à la déchirure et à la traction. Selon la marque, sa durée de vie peut atteindre 10 ans en utilisation normale, proche de celle d’un cuir véritable bien entretenu. Il est souple, agréable au toucher et légèrement plus léger que le cuir animal à épaisseur équivalente.
Les certifications accumulées au fil des années incluent USDA Biobased, SAGARPA organic, BCS Eco Guarantee et la conformité REACH (réglementation européenne sur les substances chimiques).
Les limites du cuir de cactus
Toutes les matières ont leurs compromis. Le Desserto n’échappe pas à la règle.
- Présence de polyuréthane : même biosourcé, il empêche une biodégradabilité totale. Une veste en Desserto ne se composte pas dans le jardin.
- Importation depuis le Mexique : pour une marque française, le bilan transport s’ajoute au bilan production. Il reste largement favorable vs cuir animal européen, mais il existe.
- Coût : le Desserto est plus cher que le cuir PU classique, ce qui limite son usage aux marques moyen à haut de gamme. Un sac en Desserto chez MAES Paris ou Maison Maes se situe typiquement entre 200 et 600 €.
- Rigidité modérée : le Centre Technique du Cuir de Lyon a relevé une rigidité légèrement supérieure au cuir de veau, ce qui convient à la maroquinerie mais est moins adapté à certaines chaussures souples.
- Appellation « cuir » discutable : la législation française réserve le mot « cuir » aux peaux animales. Parler de « cuir de cactus » est donc abusif au sens strict du droit – on devrait parler de « matière » ou de « similicuir végétal ».

Qui utilise le Desserto aujourd’hui
Le Desserto a convaincu à la fois l’industrie de la mode et le secteur automobile. La liste des marques qui l’ont adopté donne une idée de sa crédibilité technique.
Dans la mode
Adidas a sorti une gamme de gants de boxe en Desserto et plusieurs baskets en collaboration. H&M l’a intégré dans sa ligne Conscious. Fossil l’utilise pour des sacs et accessoires. Balenciaga, Givenchy et certaines maisons de Kering (Gucci, Saint Laurent) l’ont testé sur des pièces capsules. Côté marques indépendantes françaises, MAES Paris et Maison Maes confectionnent des sacs en Desserto dans leurs ateliers de maroquinerie.
Au-delà de la mode
BMW et Mercedes-Benz ont utilisé le Desserto pour l’habillage intérieur de véhicules concept, notamment la Mercedes VISION EQXX (berline électrique). Puma, Hugo Boss et plusieurs marques de mobilier l’ont également intégré à leurs collections.
Desserto, pinatex, cuir de pomme : les différences
Le Desserto est souvent comparé à d’autres matières végétales. Voici les écarts qu’il faut connaître pour ne pas les confondre.
- Desserto (cactus) : base cactus Nopal + bio-PU. 65 % biosourcé. Plutôt ferme, très résistant. Importé du Mexique.
- Pinatex (ananas) : base fibres de feuilles d’ananas (co-produit agricole des Philippines) + résine PLA + PU pour la finition. Plus texturé, d’aspect feutré. Adapté aux chaussures et à la maroquinerie légère.
- Cuir de pomme : base déchets de pomme (Tyrol italien) + PU. Finition proche du cuir PU classique, plus souple que le Desserto.
- Cuir de champignon (Mylo, Reishi) : base mycélium cultivé en laboratoire. Aucun liant synthétique dans certaines versions. La matière la plus prometteuse en termes de biodégradabilité pure, mais encore rare et coûteuse.
Aucune de ces matières n’est parfaite. Chacune fait un compromis différent entre biodégradabilité, résistance, coût et disponibilité.
Comment entretenir un produit en Desserto
Le Desserto s’entretient plus simplement que le cuir animal. Pas d’imperméabilisation annuelle, pas de nourrissage à la cire, pas de craquelures dues au dessèchement. En revanche, comme tout similicuir, il peut se rayer et il déteste les solvants agressifs.
- Nettoyage courant : chiffon microfibre légèrement humide. Savon doux (type savon de Marseille dilué) si taches.
- À éviter : acétone, alcool à 90°, produits ménagers, cirages traditionnels.
- Stockage : à l’abri de la lumière directe et des sources de chaleur. Éviter les housses en plastique (condensation).
- Réparation : la plupart des cordonniers qui travaillent le simili peuvent intervenir sur un produit Desserto. Vérifier avant de confier la pièce.
Pour aller plus loin sur le vieillissement des matières vegan, cet article sur la façon dont le cuir vegan vieillit détaille les points à surveiller selon la matière et l’usage que vous en faites.
Si vous cherchez un sac ou un accessoire en Desserto, les collections de MAES Paris et de Maison Maes sont les plus accessibles en France à l’heure actuelle, avec une fabrication artisanale française. Pour une basket, orientez-vous vers les éditions limitées d’Adidas ou vers des marques spécialisées qui communiquent clairement sur la matière utilisée – le mot « cactus » seul ne garantit pas qu’il s’agit de Desserto.