Rédigé par Solène Vasseur·Publié le 09 août 2026·Mis à jour le 03 avril 2026

Après avoir décrypté plus de 30 étiquettes de chaussures en boutique et en ligne ces derniers mois, je peux vous confirmer une chose : repérer une paire réellement vegan ne se résume pas à vérifier l’absence de cuir. La colle, la doublure, la semelle intérieure – chacun de ces éléments peut contenir des matières animales sans que rien ne le signale clairement. Voici comment éviter les mauvaises surprises.

Les points clés

  • 1 Lire les 4 pictogrammes obligatoires (tige, doublure, semelle intérieure, semelle extérieure) – le symbole « peau de bête » signale du cuir
  • 2 Vérifier chaque composant : une tige synthétique ne suffit pas si la doublure ou la colle contient des dérivés animaux
  • 3 Le label PETA-Approved Vegan reste la certification la plus répandue, mais elle ne garantit pas l’impact environnemental
  • 4 En France, le terme « cuir vegan » est juridiquement interdit depuis le décret n°2010-29 – une marque qui l’utilise enfreint la loi

Les pictogrammes d’étiquetage : votre premier réflexe en magasin

En Europe, l’étiquetage des chaussures est obligatoire. Chaque paire doit indiquer la composition de 4 parties distinctes : la tige (le dessus), la doublure et semelle de propreté (l’intérieur), et la semelle extérieure. Ces informations apparaissent sous forme de pictogrammes, généralement collés sous la semelle ou imprimés sur la languette.

Trois symboles sont à connaître. Le premier représente une peau de bête stylisée – c’est du cuir. Le deuxième ressemble à un losange, il désigne les « autres matériaux » (synthétiques, caoutchouc, matières végétales). Le troisième, un motif de mailles ou de filet, indique du textile (coton, polyester, toile).

La règle est simple : si le pictogramme « peau de bête » apparaît sur n’importe laquelle des 4 zones, la chaussure n’est pas vegan. Ce que beaucoup de personnes ignorent, c’est que la tige peut être en synthétique alors que la doublure intérieure est en cuir – un détail rarement mis en avant par les vendeurs.

Une personne examinant une chaussure avec smartphone affichant une fiche produit détaillée

Ce qui m’a surprise en analysant les étiquettes : le pictogramme « autres matériaux » (le losange) couvre un spectre très large. Il peut aussi bien désigner du polyuréthane issu de la pétrochimie que du cuir de cactus Desserto ou du Pinatex à base de feuilles d’ananas. Le pictogramme seul ne vous dit pas si la matière est écologique – seulement qu’elle n’est pas animale.

Au-delà de l’étiquette : la colle, le piège invisible

Voici l’information que la plupart des guides oublient : la colle utilisée dans l’assemblage des chaussures contient souvent des dérivés animaux. On parle de colles à base de collagène, fabriquées à partir de peaux de lapin ou de poisson. C’est un résidu de l’industrie de la viande et du cuir, et c’est très courant dans la production de chaussures classiques.

Le problème, c’est que la colle n’apparaît sur aucun pictogramme. L’étiquetage obligatoire en Europe ne couvre que les matériaux visibles (tige, doublure, semelles). La composition de la colle n’a pas à être mentionnée. Résultat : une paire de baskets peut afficher le losange « autres matériaux » sur toutes les zones et contenir malgré tout de la colle d’origine animale.

Comment s’en assurer ? Deux options. Soit la marque communique explicitement sur sa colle (c’est le cas de Minuit sur Terre, qui coud ses semelles au lieu de les coller, ou de Veja, qui utilise de la colle sans solvant à base d’eau). Soit vous cherchez un label tiers qui vérifie l’ensemble de la chaîne de production, colle comprise.

Les labels fiables pour reconnaître une chaussure vegan

Les labels existent précisément pour compenser les limites de l’étiquetage. Tous ne se valent pas, et certains couvrent un périmètre plus large que d’autres.

PETA-Approved Vegan

C’est la certification la plus visible dans l’industrie de la chaussure. Délivrée par l’organisation PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), elle garantit que le produit ne contient aucune matière animale, colle incluse. Des marques comme NAE Vegan Shoes, Subtle ou Komrads l’affichent sur leurs fiches produit. Limite : ce label ne dit rien sur l’impact environnemental ni sur les conditions de fabrication.

Vegan Society Trademark

Créé en 1990 par la Vegan Society britannique, ce logo (un tournesol stylisé) est l’un des plus anciens labels vegan au monde. Il certifie l’absence de matière animale et l’absence de tests sur les animaux. Il est moins courant dans la chaussure que le label PETA, mais des marques comme Dr. Martens l’utilisent sur leur gamme vegan.

One Voice

Label français créé en 1995, centré sur le non-test animal. Il est surtout présent dans les cosmétiques, mais quelques marques de mode l’utilisent. Sa couverture est plus restreinte que les deux précédents en ce qui concerne spécifiquement la chaussure.

Mon conseil : si une marque n’affiche aucun label et ne communique pas clairement sur la composition de ses produits, contactez-la directement. Une marque transparente vous répondra. Une marque qui ne répond pas vous donne déjà une information.

À savoir

Le label PETA-Approved Vegan est gratuit pour les marques. C’est un avantage (il est accessible aux petites marques) mais aussi une limite : la vérification repose en grande partie sur les déclarations du fabricant, pas sur un audit indépendant en usine.

« Cuir vegan » : un terme séduisant mais interdit en France

Ce point surprend souvent : en France, le mot « cuir » est protégé par la loi. Le décret n°2010-29 du 8 janvier 2010 réserve le terme « cuir » aux matériaux fabriqués exclusivement à partir de peau animale tannée. Utiliser l’expression « cuir vegan » ou « cuir végétal » pour désigner un matériau synthétique ou biosourcé est passible de sanctions par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes).

Ce n’est pas de la théorie. Lors d’une enquête menée en 2022-2023, la DGCCRF a contrôlé plus de 800 établissements du secteur textile et chaussures. Résultat : 46 % étaient en anomalie, et parmi les infractions relevées, des chaussures présentées de manière trompeuse comme étant en « cuir végétal » ou « cuir véritable » alors que ce n’était pas le cas.

Ce que ça signifie concrètement pour vous : quand une marque écrit « cuir vegan » sur sa fiche produit, elle utilise un terme marketing non réglementé. Les marques sérieuses préfèrent parler de « matière alternative au cuir », de « simili » ou nomment directement le matériau utilisé (polyuréthane, Pinatex, Apple Skin, microfibre Oeko-Tex). La précision du vocabulaire est un bon indicateur de la transparence d’une marque.

Les matières à repérer et celles à éviter

Pour faciliter votre lecture des étiquettes et fiches produit, voici les matières animales à exclure : cuir (bovin, ovin, caprin, exotique), cuir enduit, daim, nubuck, suède, laine, cachemire, mohair, soie, alpaga, fourrure. Si l’une de ces mentions apparaît, la chaussure n’est pas vegan.

Les matières compatibles avec une démarche vegan sont plus variées qu’on ne le pense. On distingue trois familles.

Matières synthétiques classiques

Le polyuréthane (PU) est le plus courant – c’est lui qui compose la majorité des « simili cuir » sur le marché. Le PVC est moins fréquent et plus controversé (il contient des phtalates). Le polyester, le nylon et la microfibre servent souvent pour les tiges et doublures. Ces matières sont vegan mais issues de la pétrochimie.

Matières biosourcées et innovantes

C’est là que le secteur a le plus progressé ces dernières années. Le Pinatex (fibres de feuilles d’ananas, développé par Ananas Anam) est utilisé par des marques comme NAE et Hugo Boss. Le cuir de cactus Desserto, développé au Mexique, est employé par Minuit sur Terre et Clae. On trouve aussi le cuir de raisin (Vegea, utilisé par Zeta Shoes), le cuir de pomme (Apple Skin), et le Mylo à base de mycélium de champignon (développé par Bolt Threads).

Matières naturelles non animales

Le coton biologique, le lin, le chanvre, le liège et le caoutchouc naturel sont des options vegan et souvent plus écologiques que les synthétiques. Veja utilise du coton bio et du caoutchouc sauvage d’Amazonie. Flamingos’ Life travaille avec du maïs et du bambou.

Piège courant

Ne confondez pas « cuir végétal » et « tannage végétal ». Le tannage végétal utilise des tanins d’écorce (chêne, mimosa) à la place du chrome pour traiter… du vrai cuir animal. C’est un procédé de traitement moins polluant, mais la peau reste d’origine animale. Une chaussure en « cuir à tannage végétal » n’est donc pas vegan.

Vegan ne veut pas forcément dire écologique

C’est l’idée reçue la plus tenace, et il faut la déconstruire. Une chaussure peut être 100 % vegan et fabriquée à partir de PVC issu de la pétrochimie, assemblée dans une usine en Asie du Sud-Est avec des conditions de travail discutables. Des modèles de fast fashion vendus chez H&M ou Primark sont techniquement vegan – aucune matière animale – sans être pour autant durables ni éthiques.

Si l’impact environnemental compte pour vous (en plus de la dimension animale), il faut aller plus loin que le simple critère « vegan ». Regardez la nature exacte des matières (biosourcé ou pétrochimie ?), le lieu de fabrication (Europe ou ailleurs ?), et les certifications environnementales (Oeko-Tex, GOTS pour le coton, label B Corp pour la marque). Pour approfondir ce sujet, j’ai rédigé un guide complet sur les chaussures éco-responsables qui détaille ces critères.

Une chaussure avec étiquette “vegan” visible

La checklist en 4 étapes pour vérifier une paire

Voici la méthode que j’utilise systématiquement, que ce soit en magasin ou en ligne.

Étape 1 – Les pictogrammes. Retournez la chaussure, trouvez l’étiquette. Si le symbole « peau de bête » apparaît sur la tige, la doublure ou l’une des semelles, passez votre chemin.

Étape 2 – La fiche produit. Lisez la composition détaillée. Cherchez les mentions « leather », « suede », « wool », « silk » en anglais. En français, traquez le « cuir véritable », « daim », « laine », « soie ». Si la composition est vague (« matières premium », « matériaux de qualité »), méfiance.

Étape 3 – La colle et les petits composants. Consultez le site de la marque. Cherchez une page « nos matières », « notre engagement » ou « FAQ ». Si la marque est certifiée PETA-Approved Vegan ou Vegan Society, la colle est couverte par la certification.

Étape 4 – En cas de doute, demandez. Un email au service client ou un message sur les réseaux sociaux. Une marque qui n’est pas capable de vous dire si sa colle contient des dérivés animaux ne maîtrise probablement pas sa chaîne de production.

Questions fréquentes sur les chaussures vegan

Une chaussure en toile est-elle automatiquement vegan ?

Pas nécessairement. La toile elle-même (coton, lin) est vegan, mais la colle d’assemblage peut contenir des dérivés animaux, et certains modèles ajoutent des empiècements en cuir sur le talon ou la languette. Les Converse Chuck Taylor classiques, par exemple, ne sont pas certifiées vegan alors qu’elles paraissent 100 % toile.

Le cuir PU est-il toujours vegan ?

Oui, le polyuréthane (PU) est un polymère synthétique, sans composant animal. Mais la qualité varie énormément d’un fabricant à l’autre. Un PU bas de gamme peut craqueler en 6 à 12 mois, tandis qu’un PU premium (comme celui utilisé par Matt & Nat) dure 3 à 5 ans avec un entretien minimal.

Comment savoir si la colle d’une chaussure est vegan ?

L’étiquetage ne couvre pas la colle. Seules trois options permettent de le vérifier : un label tiers (PETA, Vegan Society) qui inclut la colle dans sa certification, une déclaration explicite de la marque sur son site, ou un contact direct avec le service client.

Les chaussures de sport Nike ou Adidas sont-elles vegan ?

Nike et Adidas proposent des modèles vegan dans leurs gammes, mais pas l’intégralité de leurs collections. Chez Nike, il faut filtrer par matière et vérifier chaque fiche produit. Adidas a développé des lignes spécifiques, notamment avec le Stan Smith Mylo (mycélium de champignon) et des modèles en Primegreen (polyester recyclé). La mention « vegan » n’apparaît pas toujours clairement – il faut lire la composition complète.

Existe-t-il une application pour scanner les étiquettes de chaussures ?

Pas d’application dédiée fiable à ce jour pour les chaussures spécifiquement. L’application Yuka ne couvre pas la mode. Clear Fashion évalue certaines marques de vêtements et chaussures sur des critères éthiques, mais sa base de données ne référence pas encore toutes les marques vegan. La vérification manuelle reste le moyen le plus sûr.

🌿

Solène Vasseur

Passionnée de mode responsable depuis plus de 8 ans, j'analyse les matières, les marques et les tendances de la chaussure vegan. Mon objectif : vous aider à trouver des chaussures éthiques sans compromis sur le style.