Le Mirum est une alternative au cuir animal 100 % biosourcée et sans plastique, développée par l’entreprise américaine Natural Fiber Welding. Contrairement aux cuirs vegan classiques à base de polyuréthane (PU) ou de PVC, il ne contient aucun dérivé pétrochimique : uniquement du caoutchouc naturel, des huiles végétales, des cires, des minéraux et des fibres issues de déchets agricoles. En analysant une dizaine de matières vegan ces dernières années, c’est la première qui affiche une certification USDA 100 % biobased, sans acrylique ni liant synthétique.
La composition du Mirum, ingrédient par ingrédient
Le Mirum n’a pas une recette figée. C’est une matière composite personnalisable : selon l’usage final (maroquinerie, chaussures, automobile), Natural Fiber Welding ajuste les proportions. Les ingrédients de base restent toujours les mêmes et relèvent tous de la biomasse.
La colonne vertébrale du matériau est le caoutchouc naturel, issu du latex d’hévéa (Hevea brasiliensis). Contrairement au caoutchouc industriel, il est « bio-curé » avec une chimie végétale brevetée – sans soufre ni additif pétrochimique, ce qui change tout en fin de vie. Viennent ensuite les huiles et cires végétales (notamment l’huile de soja) qui jouent le rôle de plastifiants naturels, puis des charges minérales (argiles, charbon de bois de biomasse issu du pin chez Bellroy) qui apportent la texture et la tenue.
Les fibres, elles, proviennent de sous-produits agricoles : coir (fibre de coque de noix de coco, résidu de la production d’huile), poudre de liège (déchet de la fabrication des bouchons de vin), coques de riz, chanvre. Certaines versions intègrent aussi de l’acide citrique issu de pelures d’orange. Le dos du matériau peut recevoir un support en coton bio certifié GOTS, collé par pressage mécanique à chaud – sans colle synthétique. La couleur vient de pigments minéraux non toxiques appliqués à sec.

Comment le Mirum est fabriqué
Le brevet américain n° 10 400 061 protège le brevet. On mélange les ingrédients puis les presse à chaud dans un moule qui imprime la texture du cuir – grain fin, aspect lisse, effet « pull-up ». Aucune eau n’est utilisée pendant le process, et la température de cuisson reste sous 100 °C. Résultat : pas d’eau usée à retraiter, pas de rejets toxiques, pas de tannage au chrome.
Cette simplicité technique est ce qui permet au Mirum d’afficher une empreinte carbone entre 0,84 et 2,1 kg de CO2e par m², selon l’analyse publiée par Natural Fiber Welding. À titre de comparaison, un mètre carré de cuir tanné au chrome émet entre 12 et 15 kg de CO2e, et un similicuir PU classique autour de 15 à 23 kg. L’écart est tel que NFW compare l’empreinte du Mirum à celle d’une lessive en machine.
La matière est disponible en feuilles standard prêtes à l’emploi ou sur mesure, ce qui explique pourquoi Bellroy, Stella McCartney et BMW travaillent chacun avec une formulation différente – la recette s’adapte à la tenue mécanique exigée par un portefeuille, un sac ou un intérieur de voiture.
Mirum, Piñatex, cuir de champignon : quelles différences ?
Le Mirum n’est pas le seul cuir végétal sur le marché, mais c’est le seul à revendiquer une absence totale de plastique. C’est le point qui le distingue réellement des autres alternatives.
Le Piñatex, fabriqué à partir de feuilles d’ananas par Ananas Anam, contient environ 65 % de matériaux biosourcés selon les tests du CTC – le reste étant du polyuréthane (pour la version Performance) ou un apprêt bioplastique. C’est une matière plus ancienne et plus répandue, utilisée par des marques comme Hugo Boss, H&M ou Paul Smith. Pour comprendre ses spécificités, le guide complet sur le Piñatex et son procédé de fabrication détaille le process feuille par feuille.
Le Desserto, le fameux cuir de cactus mexicain, affiche encore plus de plastique : 35 % de cactus pour 65 % de polyuréthane. L’AppleSkin tourne autour de 32 % de peaux de pomme, 34 % de coton bio et 34 % de PU recyclé. Même logique pour la plupart des « cuirs de raisin » ou « cuirs de café » du marché.
Le cuir de champignon (Mylo, Reishi) est une autre catégorie à part : ce sont des mycéliums cultivés en laboratoire, 100 % biosourcés eux aussi, mais leur industrialisation reste limitée et leur prix très élevé. Si vous voulez un panorama complet du sujet, la page de référence sur le cuir vegan et ses différentes familles remet chaque matière à sa place.
À savoir
En France, l’utilisation commerciale du terme « cuir » pour un produit non animal est un abus de langage juridiquement sanctionnable (décret n° 2010-29). Les marques sérieuses parlent donc de « matière Mirum » ou d' »alternative au cuir », pas de « cuir Mirum ».
Quelles marques utilisent le Mirum aujourd’hui ?
L’adoption du Mirum a été progressive depuis sa mise sur le marché en 2019. Elle s’est accélérée à partir de 2023. Stella McCartney a été la première maison de luxe à l’utiliser à grande échelle. Lors du défilé Hiver 2023 à la Fashion Week de Paris, elle présente les premiers sacs de luxe en Mirum au monde, sur ses modèles Falabella et Frayme. La collection affichait 89 % de matières responsables selon la maison.
Côté maroquinerie accessible, Bellroy a construit toute une collection dédiée (portefeuilles, porte-cartes, porte-monnaie) avec sa propre formulation. Celle-ci était principalement composée de caoutchouc naturel, graines de soja, charbon de bois de pin, liée par des minéraux sur support coton bio. Allbirds a lancé la collection « Plant Leather » pour ses baskets. Pangaia, Reformation, Ralph Lauren et la marque suisse ID Genève (horlogerie) l’ont intégré à leurs collections. BMW teste le Mirum pour des intérieurs de véhicules.
Du côté des marques indépendantes éthiques, on trouve jeane & jax (Canada), Svala (Californie), Sentient (New York), Melina Bucher (Allemagne) ou burggraf (Allemagne, Forêt-Noire). Le Mirum est clairement positionné sur le segment premium/luxe pour l’instant. Cela tient à son coût de production et à ses volumes encore limités.
Le Mirum est-il vraiment biodégradable ?
C’est le point où il faut être précis. En effet, les articles qui parlent du Mirum en ligne ont tendance à simplifier. La matière est 100 % biosourcée, recyclable (NFW reprend les produits en fin de vie pour les réintégrer dans du nouveau Mirum), et compostable en conditions industrielles. Ces trois points sont vérifiés par la certification USDA et l’ACV de NFW.
En revanche, « biodégradable au fond de votre jardin » est un raccourci qui ne tient pas. Natural Fiber Welding elle-même reconnaît que, selon les normes réglementaires actuelles (ISO 17088, NF EN 13432), même un tronc d’arbre ne se décompose pas assez vite pour être qualifié de « biodégradable » au sens strict. Le Mirum rentre dans la catégorie des matériaux compostables en unité industrielle, pas en tas de compost domestique.
Piège courant
Si une marque vous vend un sac en Mirum comme « biodégradable au compost maison », c’est une approximation. Le matériau est 100 % biosourcé et compostable en filière industrielle – ce qui reste un excellent profil environnemental, mais qui n’a rien à voir avec une banane jetée sur le compost.
Comment reconnaître un vrai produit en Mirum
Le Mirum n’est pas un terme libre de droits : NFW verrouille son usage. Pour identifier un produit authentique, trois indices concrets.
D’abord, la certification USDA 100 % biobased doit être mentionnée par la marque, avec le logo du programme BioPreferred. Ensuite, NFW fournit à ses partenaires un hologramme ou un marquage spécifique sur l’étiquette produit. Enfin, la marque doit pouvoir indiquer la formulation utilisée (certaines versions sont plus riches en liège, d’autres en coir, d’autres en chanvre). Une marque qui parle de « Mirum » sans pouvoir répondre à ces questions vend probablement autre chose. C’est souvent un PU biosourcé à 30 ou 40 %, ce qui n’a pas les mêmes caractéristiques.
Au toucher, le Mirum a un grain souple, un peu plus mat que le cuir animal, et une densité un peu supérieure au similicuir PU. Il résiste à l’eau naturellement (propriété du caoutchouc) et s’entretient avec un chiffon humide, sans produit chimique.

Les questions fréquentes sur le Mirum
Le Mirum coûte-t-il plus cher que le cuir vegan classique ?
Oui, à matière équivalente, le Mirum est plus cher que le PU classique. Les marques qui l’utilisent positionnent leurs produits sur du premium à luxe. Un portefeuille Bellroy en Mirum se vend autour de 130-150 €, contre 80-100 € pour un modèle en PU. Un sac Falabella de Stella McCartney en Mirum dépasse les 1 200 €. Le coût de production reste cependant comparable aux alternatives plastiques vegan. Et cela selon les estimations de NFW, le prix de vente élevé s’expliquant surtout par le positionnement des marques qui l’adoptent.
Peut-on faire des chaussures en Mirum ?
Oui, c’est même un des usages pour lesquels la matière a été optimisée. Allbirds a lancé en 2022 sa collection « Plant Leather » avec des baskets en Mirum. La formulation pour chaussures demande plus de tenue mécanique que pour la maroquinerie, avec davantage de fibres de coir et de liège pour résister au pliage répété. On est encore sur des volumes limités, mais c’est une matière techniquement compatible avec la sneaker comme avec la bottine.
Qui a inventé le Mirum ?
Le Mirum a été développé par Luke Haverhals, chimiste américain ancien enseignant à l’Académie navale des États-Unis. Il fonde Natural Fiber Welding en 2015 à Peoria (Illinois) avec l’ambition de créer des matériaux biosourcés haute performance. L’entreprise a depuis étendu son usine de 110 000 pieds carrés (environ 10 000 m²) et s’est associée à BMW, Stella McCartney, Allbirds, Patagonia et Ralph Lauren.
Le Mirum remplace-t-il complètement le cuir ?
Techniquement, le Mirum couvre la plupart des usages du cuir animal : maroquinerie, chaussures, accessoires, automobile. Il a une bonne tenue à l’abrasion, résiste à l’eau, et se personnalise en couleurs et textures. Son principal frein n’est pas technique mais industriel. Les volumes restent petits comparés au marché du cuir (environ 25 milliards de dollars pour le similicuir synthétique, projeté à 45 milliards en 2025). Pour que le Mirum passe de niche luxe à standard grand public, il faudra plusieurs années d’industrialisation.