Rédigé par Solène Vasseur·Publié le 26 juin 2026·Mis à jour le 27 mars 2026

L’Econyl est un fil de nylon 6 régénéré, fabriqué à partir de déchets plastiques – principalement des filets de pêche abandonnés, des chutes industrielles et de vieilles moquettes. Après avoir décortiqué les fiches techniques de 6 sources spécialisées et suivi l’évolution de cette matière depuis son lancement, je vous explique concrètement ce que c’est, comment c’est fabriqué, et surtout ce que ça change (ou pas) pour la mode vegan.

Le point qui surprend souvent : l’Econyl n’est pas un « sous-nylon ». Chimiquement, il est identique au nylon vierge. Même résistance, même souplesse, même imperméabilité. La différence tient uniquement à l’origine de la matière première – des déchets au lieu de pétrole brut.

Ce qu’il faut retenir

  • 1 L’Econyl est une marque déposée par Aquafil, entreprise italienne fondée en 1969 à Trente
  • 2 Fabriqué à partir de filets de pêche, moquettes usagées et chutes de nylon – recyclable à l’infini
  • 3 Sa production réduit les émissions de CO2 de 55 à 80 % par rapport au nylon vierge
  • 4 Utilisé par Prada (Re-Nylon), Stella McCartney, Adidas et Gucci entre autres

D’où vient l’Econyl et comment est-il fabriqué ?

L’Econyl est né en 2011 dans les laboratoires d’Aquafil, une entreprise italienne spécialisée dans la production de polymères depuis 1969. Son siège se trouve à Trente, dans le nord-est de l’Italie, et son usine principale de régénération est installée à Ljubljana, en Slovénie.

Le procédé repose sur une idée simple en apparence : récupérer du nylon 6 usagé pour le ramener à l’état de matière première, puis le refiler en un nylon neuf. Aquafil parle de « régénération » plutôt que de recyclage, et la nuance a son importance. Le nylon est dépolymérisé – sa structure moléculaire est cassée pour revenir au caprolactame, le monomère de base – puis repolymérisé. Le résultat est chimiquement identique au nylon vierge, sans perte de qualité.

Les matières premières collectées sont variées : filets de pêche abandonnés en mer du Nord, en Méditerranée et en Adriatique (via le programme Healthy Seas, cofondé par Aquafil en 2013), vieilles moquettes récupérées aux États-Unis grâce au consortium CARE (Carpet America Recovery Effort), chutes de production textile et vêtements en nylon en fin de vie.

Les déchets sont d’abord triés et nettoyés pour ne conserver que le nylon pur. Ils sont ensuite broyés, acheminés vers la centrale de régénération, dépolymérisés, purifiés, puis refilés. Entre 2011 et 2013, Aquafil a transformé 30 000 tonnes de déchets, et environ 26 000 tonnes pour la seule année 2014.

aillots de bain fabriqués en Econyl, portés par un modèle

L’Econyl dans la mode : qui l’utilise et pourquoi ?

L’Econyl a d’abord séduit le secteur des revêtements de sol – les moquettes Desso (groupe Tarkett) l’intègrent depuis plusieurs années. Mais c’est dans la mode que sa visibilité a explosé à partir de 2019.

Prada a été le premier grand nom du luxe à basculer, en lançant sa collection capsule Re-Nylon entièrement fabriquée en Econyl. Depuis, la maison italienne a étendu ce matériau à l’ensemble de ses gammes nylon – prêt-à-porter, accessoires et chaussures. Le sac iconique Re-Edition 2005 est désormais proposé en Econyl.

Stella McCartney, pionnière de la mode sans cuir ni fourrure, utilise l’Econyl dans ses collections sportswear et prêt-à-porter. En 2023, sa marque a lancé le Close-the-Loop Parka, présenté comme le premier vêtement de luxe « circulaire » – Stella McCartney s’engage à reprendre chaque exemplaire en fin de vie pour le recycler.

Du côté du sportswear, Adidas intègre l’Econyl dans sa collaboration avec Prada, notamment sur la silhouette Forum. Gucci l’a utilisé dans sa collection Off The Grid, et Patagonia propose une cinquantaine de références en nylon recyclé. Des marques vegan plus accessibles s’y mettent aussi : Ocealah fabrique des maillots de bain en Econyl dans des ateliers à Barcelone, avec une certification Oeko-Tex.

L’Econyl se retrouve principalement dans les maillots de bain, les vêtements de sport, les sacs et les accessoires. Pour les chaussures, il apparaît surtout dans les empiècements et les doublures en nylon, pas dans les tiges principales en « cuir ».

Nylon recyclé vs nylon vierge : qu’est-ce que ça change vraiment ?

Sur le plan environnemental, les chiffres sont significatifs. Selon les données communiquées par Aquafil et reprises par plusieurs analyses indépendantes, la fabrication de l’Econyl réduit les émissions de CO2 d’environ 55 % par rapport au nylon vierge. D’autres estimations montent jusqu’à 80 % de réduction des gaz à effet de serre. La différence vient du périmètre mesuré : avec ou sans la phase de collecte et de transport des déchets.

L’économie de ressources est concrète : environ 7 barils de pétrole par tonne de polymère régénéré, puisque le procédé court-circuite la synthèse du caprolactame à partir de matières fossiles. La consommation d’eau serait réduite de 90 % par rapport à la production de nylon neuf.

Côté propriétés, c’est transparent pour l’utilisateur : même résistance à la traction, même élasticité, même imperméabilité, même solidité des couleurs. Un vêtement en Econyl se comporte exactement comme un vêtement en nylon classique. La certification GRS (Global Recycled Standard) garantit la traçabilité du contenu recyclé.

Et l’Econyl peut être régénéré à l’infini par le même procédé, sans dégradation de qualité. C’est ce qu’on appelle un modèle d’économie circulaire en boucle fermée.

À savoir

L’appellation « Re-Nylon » chez Prada désigne exactement le même matériau que l’Econyl – c’est un nom commercial propre à la maison italienne. Si vous voyez « Re-Nylon » sur une étiquette Prada, c’est bien du nylon régénéré Aquafil.

Les limites de l’Econyl : ce qu’on oublie souvent de préciser

L’Econyl reste du nylon – un polymère synthétique dérivé du pétrole, même si la matière première est recyclée. Et comme tout textile synthétique, il libère des microplastiques à chaque passage en machine à laver. Ces microfibres plastiques se retrouvent dans les eaux usées, puis dans les cours d’eau et les océans.

Certaines études suggèrent même que les textiles recyclés pourraient relarguer davantage de microfibres que les textiles vierges, le processus de recyclage affectant la taille et la résistance des fibres. Ce point fait encore débat dans la communauté scientifique, mais il mérite d’être mentionné.

Le coût est aussi un facteur : l’Econyl revient environ 15 à 20 % plus cher au mètre que le nylon vierge, selon un rapport de Vogue Business. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est surtout présent chez les marques haut de gamme ou de sport premium. La démocratisation progresse, mais le surcoût existe.

Enfin, la collecte de déchets en milieu marin reste un défi logistique colossal. Les 640 000 tonnes de filets de pêche abandonnés dans les océans, estimées par la FAO et le PNUE, ne seront pas résorbées par un seul acteur industriel. Healthy Seas a retiré plus de 311 tonnes de filets depuis sa création en 2013 – c’est significatif, mais c’est une fraction du problème.

Point de vigilance

Pour limiter le relargage de microfibres, utilisez un sac de lavage type Guppyfriend à chaque machine. Lavez vos vêtements en Econyl à basse température, avec un essorage doux, et évitez le sèche-linge.

L’Econyl est-il vegan ?

Oui, l’Econyl est une matière 100 % synthétique – aucun composant d’origine animale n’entre dans sa fabrication. Les filets de pêche, les moquettes et les chutes industrielles utilisées comme matière première sont en nylon pur (polyamide 6).

Cela dit, « vegan » ne signifie pas automatiquement « écologique ». L’Econyl représente un progrès réel par rapport au nylon vierge : il détourne des déchets des océans et des décharges, consomme moins de ressources et s’inscrit dans un cycle de vie circulaire. Mais il reste une matière plastique, avec les limites que cela implique.

Pour les chaussures et accessoires, l’Econyl n’est pas un substitut au cuir vegan (type cuir PU ou Pinatex). On le retrouve plutôt dans les parties textiles : doublures, empiècements, sangles de sacs. C’est un complément aux matières vegan, pas un concurrent.

ilets de pêche usagés récupérés sur une plage ou dans un port, destinés au recyclage textile

Questions fréquentes sur l’Econyl

L’Econyl est-il biodégradable ?

Non. Comme tout nylon, l’Econyl est un polymère synthétique qui ne se décompose pas naturellement. Sa force réside dans sa recyclabilité infinie par dépolymérisation, pas dans sa biodégradabilité. Un vêtement en Econyl jeté dans la nature mettra des centaines d’années à se dégrader.

Quelle différence entre l’Econyl et le polyester recyclé ?

L’Econyl est du nylon 6 régénéré (polyamide), tandis que le polyester recyclé est du PET refondu, souvent issu de bouteilles plastiques. L’Econyl peut être recyclé à l’infini sans perte de qualité grâce à la dépolymérisation. Le polyester recyclé perd en qualité à chaque cycle. L’Econyl est aussi plus élastique et plus résistant à l’abrasion, ce qui explique son usage en maillots de bain et sportswear.

Peut-on recycler un vêtement en Econyl soi-même ?

Pas directement. La régénération de l’Econyl nécessite un processus chimique industriel réalisé dans l’usine d’Aquafil en Slovénie. En revanche, certaines marques comme Stella McCartney proposent des programmes de reprise de vêtements en Econyl en fin de vie, pour les réintégrer dans la filière Aquafil.

L’Econyl coûte-t-il plus cher que le nylon classique ?

Oui, environ 15 à 20 % plus cher au mètre. Ce surcoût explique sa présence majoritaire chez les marques haut de gamme (Prada, Stella McCartney) et premium (Patagonia). À mesure que la demande augmente et que les volumes de collecte progressent, cet écart devrait se réduire.

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Solène Vasseur

Passionnée de mode responsable depuis plus de 8 ans, j'analyse les matières, les marques et les tendances de la chaussure vegan. Mon objectif : vous aider à trouver des chaussures éthiques sans compromis sur le style.