Le cuir de pomme (ou Apple Skin) est une matière vegan fabriquée à partir de déchets de pommes issus de l’industrie agroalimentaire. Après avoir analysé la composition de plus de 15 matières alternatives au cuir animal, je considère l’Apple Skin comme l’un des meilleurs compromis entre rendu esthétique et empreinte environnementale – à condition de bien comprendre ce qu’il contient vraiment.
Ce qu’il faut retenir
- Le cuir de pomme est fabriqué à partir de pelures et trognons récupérés lors de la production de jus de pomme
- La matière finale contient entre 20 % et 50 % de pomme, le reste étant du polyuréthane (PU) et un support textile
- Inventée par l’entreprise italienne Frumat, dans la région de Bolzano (Tyrol du Sud)
- Souple, résistant à l’eau et respirant, il s’utilise pour les chaussures, sacs et accessoires
- Son empreinte carbone est environ 95 % inférieure à celle du cuir animal (3,19 kg CO2/m² contre 61 kg CO2/m²)
Le cuir de pomme, c’est quoi exactement ?
Le cuir de pomme est un matériau vegan qui imite l’aspect et le toucher du cuir animal. Il est produit à partir des résidus de l’industrie de la pomme : pelures, pépins, pulpe et trognons qui seraient normalement jetés ou incinérés après la fabrication de jus, cidres et compotes.
Un point que la plupart des articles oublient de mentionner : le cuir de pomme n’est pas 100 % végétal. La part de pomme dans le produit fini varie entre 20 % et 50 % selon les fabricants et la texture souhaitée. Le reste de la composition est du polyuréthane (PU) – un polymère dérivé du pétrole – appliqué sur une base de coton et polyester. Ce n’est donc pas une matière entièrement naturelle, mais un composite qui réduit la dépendance aux ressources fossiles par rapport à un simili cuir 100 % synthétique.
En France, le terme « cuir » est strictement réservé aux peaux animales tannées (décret du 8 janvier 2010). Les fabricants et les marques ne peuvent pas légalement appeler cette matière « cuir de pomme » sur une étiquette. Les appellations correctes sont Apple Skin, Pellemela ou similicuir de pomme.

Comment est fabriqué le cuir de pomme ?
La fabrication de l’Apple Skin suit un processus en plusieurs étapes, concentré dans le nord de l’Italie :
La collecte des déchets de pomme
Les résidus proviennent des vergers et usines de transformation de la région de Bolzano, l’un des plus grands bassins de production de pommes en Europe. Après extraction du jus, les pelures, pépins et pulpe sont récupérés au lieu d’être jetés.
Le broyage et le séchage
Les déchets sont nettoyés, déshydratés pour retirer l’excès d’humidité, puis broyés en une poudre fine. Cette poudre constitue la base biosourcée du matériau.
Le mélange avec le polyuréthane
La poudre de pomme est mélangée à du PU à base d’eau et à des pigments liquides pour obtenir une pâte homogène. La proportion de pomme dans ce mélange détermine les propriétés finales : plus la teneur en pomme est élevée, plus la matière est respirante, mais moins elle est souple.
L’enduction et le séchage final
La pâte est étalée en couche fine sur un support textile (coton et polyester, parfois issus de matières recyclées). L’ensemble est séché, teinté puis découpé en rouleaux prêts à être travaillés par les ateliers de maroquinerie ou de chaussures.
Tout le processus de fabrication est localisé dans le Tyrol du Sud, ce qui limite l’empreinte carbone liée au transport. L’entreprise pionnière de cette matière est Frumat, fondée à Bolzano, qui a breveté le procédé en 2017. D’autres acteurs ont depuis développé leurs propres formulations, comme Mabel SRL à Florence.
Les vrais avantages du cuir de pomme
Un bilan carbone très favorable. Selon une étude menée par LCA Climate Plus, l’Apple Skin émet environ 3,19 kg de CO2 par m², contre 61 kg de CO2/m² pour le cuir animal. Une paire de baskets en Apple Skin génère en moyenne 79 % de carbone en moins qu’une paire en cuir traditionnel.
La valorisation de déchets alimentaires. L’industrie de la pomme génère des tonnes de résidus chaque année – rien qu’en Italie, on estime à 30 000 tonnes le marc de pomme produit annuellement. Transformer ces déchets en matière première évite leur incinération, qui libère des gaz à effet de serre.
Des propriétés techniques solides. L’Apple Skin est souple, résistant à l’eau, respirant grâce à sa part organique, et disponible dans un large choix de textures et couleurs. Il peut imiter des finitions grainées (type cuir de serpent ou crocodile) aussi bien que des surfaces lisses et mates. Son entretien est simple : un chiffon humide et un peu de savon doux suffisent.
100 % vegan et labellisé. Aucune matière animale dans la composition ni dans le processus de fabrication. La matière est certifiée PETA-Approved Vegan.
Les limites à connaître avant d’acheter
La part de polyuréthane reste importante. Avec 50 à 80 % de PU dans le produit fini, le cuir de pomme reste en partie un matériau dérivé du pétrole. Les fabricants travaillent à augmenter le pourcentage de pomme, mais la réalité actuelle est loin du « 100 % naturel » que certaines marques laissent entendre dans leur communication.
Un prix plus élevé que le simili cuir classique. L’Apple Skin coûte plus cher à produire que le PU standard, car le procédé est encore peu industrialisé. Ce surcoût se répercute sur le prix des produits finis : comptez 20 à 40 % de plus qu’un article en simili cuir synthétique équivalent.
Un recul limité sur la durabilité. La matière existe commercialement depuis moins de dix ans. Si les premiers retours sont encourageants (résistance comparable au cuir PU de bonne qualité), on manque encore de données sur le vieillissement à très long terme, notamment en conditions d’usage intensif.
Un approvisionnement encore fragile. La production est concentrée en Italie, et les capacités restent limitées. Certaines marques signalent des difficultés pour obtenir des volumes importants lors de grosses commandes.
Cuir de pomme, Pinatex, cuir de raisin : comment les différencier ?
L’Apple Skin fait partie d’une famille de matériaux végétaux alternatifs au cuir animal. Voici ce qui le distingue des autres options :
Le Pinatex (cuir d’ananas) est fabriqué à partir de feuilles d’ananas aux Philippines. Il a un aspect plus texturé, légèrement froissé, et contient une couche de PLA (acide polylactique) au lieu de PU pur. Son impact social est notable car il fournit un revenu complémentaire aux agriculteurs philippins. Pour en savoir plus, consultez notre article dédié au Pinatex.
Le cuir de raisin (Vegea) utilise les résidus de vinification – pépins, tiges, peaux de raisin. Développé en Italie par la société Vegea, il offre un rendu plus lisse et raffiné, apprécié dans le segment luxe. Son origine viticole le positionne sur un créneau haut de gamme.
Le cuir de champignon (Muskin, Mylo) est l’un des rares cuirs végétaux potentiellement 100 % naturels, sans ajout de PU. Il est fabriqué à partir de mycélium (racines de champignons) et offre un toucher comparable au daim. Son prix reste le plus élevé de toutes ces alternatives.
L’Apple Skin se situe entre le PU pur (moins cher mais 100 % pétrochimique) et le Pinatex ou le Muskin (plus naturels mais plus coûteux). C’est un bon compromis pour les marques qui veulent réduire leur dépendance au pétrole sans exploser leur budget matière.
Quelles marques utilisent le cuir de pomme pour leurs chaussures ?
Plusieurs marques de chaussures vegan ont intégré l’Apple Skin à leur gamme :
- Minuit sur Terre : marque française qui combine PU et matières végétales (pomme, raisin) dans ses modèles fabriqués en Italie et au Portugal
- NAE Vegan Shoes : marque portugaise qui propose des ceintures et accessoires en Apple Skin
- Womsh : marque italienne de sneakers qui utilise le Frumat (Apple Skin) pour certaines de ses collections
- Moea : sneakers vegan fabriquées au Portugal, avec des modèles en cuir de pomme, d’ananas et de raisin
Au-delà de la chaussure, l’Apple Skin est aussi utilisé en maroquinerie (sacs Ashoka Paris, portefeuilles Karmyliege) et même dans l’automobile – Tesla utilise des matériaux similaires pour l’habillage intérieur de ses véhicules.

Ce que vous devriez vérifier avant d’acheter
- Le pourcentage réel de pomme dans la composition. Demandez la fiche technique si la marque ne le précise pas. Un produit à 20 % de pomme et un produit à 50 % n’ont pas le même impact environnemental.
- Les certifications. Le label PETA-Approved Vegan garantit l’absence de matière animale. Le label OEKO-TEX vérifie l’absence de substances nocives.
- L’origine de fabrication. L’Apple Skin fabriqué dans le Tyrol du Sud (Frumat, Mabel) bénéficie d’un circuit court. Vérifiez que la marque ne se contente pas d’un vague « matière végétale » sans préciser le fournisseur.
- Le support textile. Les meilleurs Apple Skin utilisent un support en coton et polyester recyclé. Les versions d’entrée de gamme utilisent du polyester vierge.
Questions courantes sur le cuir de pomme
Le cuir de pomme est-il biodégradable ?
Partiellement. La part végétale (poudre de pomme) est biodégradable, mais le polyuréthane qui compose le reste du matériau ne l’est pas. Le produit fini n’est donc pas entièrement biodégradable dans sa formulation actuelle. Certains fabricants travaillent sur des versions avec des biopolymères pour remplacer le PU, mais elles ne sont pas encore largement commercialisées.
Combien de temps dure le cuir de pomme ?
Avec un entretien minimal (nettoyage au chiffon humide, stockage à l’abri de la chaleur directe), un produit en Apple Skin de bonne qualité peut durer 3 à 5 ans en usage régulier. C’est comparable au cuir PU haut de gamme, mais inférieur au cuir animal pleine fleur qui peut durer 10 ans ou plus.
Le cuir de pomme est-il imperméable ?
L’Apple Skin est résistant à l’eau (déperlant), pas imperméable au sens strict. Il supporte bien les éclaboussures et la pluie légère, mais une immersion prolongée peut l’endommager. Pour des chaussures, c’est suffisant pour un usage quotidien en ville.
Peut-on appeler ça du « cuir » ?
Non, pas en France. Le décret n° 2010-29 du 8 janvier 2010 réserve le mot « cuir » aux matières issues de la peau tannée d’un animal. Les termes corrects sont « similicuir de pomme », « Apple Skin » ou « matière végétale à base de pomme ». Si une marque utilise le mot « cuir » sur ses étiquettes pour désigner cette matière, elle est en infraction.
Quelle différence entre Apple Skin et Pellemela ?
Apple Skin est le nom générique de la matière (littéralement « peau de pomme »). Pellemela est un nom commercial utilisé par certains fabricants italiens. Frumat désigne à la fois l’entreprise pionnière et, par extension, la matière elle-même. Ce sont trois appellations pour des produits très similaires, avec des variations de composition selon le fabricant.