Rédigé par Solène Vasseur·Publié le 25 octobre 2026·Mis à jour le 09 juillet 2026

Non. Le cachemire est le duvet d’hiver d’une chèvre, la Capra hircus laniger : une fibre animale au même titre que la laine de mouton ou la soie. Aucun label, aucune certification et aucune méthode de récolte ne change cette composition. J’ai épluché les étiquettes d’une dizaine de pulls vendus sous l’appellation « cachemire vegan » : pas un seul ne contient de cachemire, et c’est parfaitement logique. Reste une question plus intéressante que le oui/non : pourquoi cette fibre concentre autant de malentendus, et par quoi la remplacer sans perdre en chaleur.

Ce qu’il faut retenir

  • 1 Le cachemire est une fibre animale : le duvet d’hiver de la chèvre Capra hircus laniger, prélevé au peignage ou à la tonte au printemps.
  • 2 Une chèvre donne 150 à 200 g de duvet brut par an. Un pull en réclame environ 500 g de fibre nettoyée, soit 4 à 5 animaux.
  • 3 « Cachemire vegan » n’est jamais une composition : le règlement européen 1007/2011 réserve le mot aux poils de chèvre. Derrière l’étiquette : polyamide, lyocell ou coton.
  • 4 La Chine et la Mongolie fournissent 90 % du cachemire mondial, dans des steppes dont 70 % étaient déjà considérées comme dégradées en 2002.

« Ce ne sont que des poils » : ce que la récolte implique réellement

L’argument revient à chaque discussion : contrairement au cuir, personne ne meurt pour un pull. La biologie de l’animal complique un peu ce raisonnement. La chèvre développe son duvet secondaire sous sa toison de couverture, la jarre, pour affronter des hivers qui descendent à -40 °C sur les hauts plateaux. C’est ce sous-poil, et lui seul, qui devient le cachemire. Il est prélevé une fois par an, au moment de la mue printanière, au peigne métallique ou à la cisaille.

Le rendement explique le reste. Une chèvre produit 150 à 200 grammes de duvet brut par an, et l’éjarrage (l’élimination des poils grossiers) en retire environ 80 %. Il faut donc quatre à cinq animaux pour un seul pull. Cette fibre ne se ramasse pas : elle suppose un troupeau, une sélection génétique, une reproduction contrôlée, et une sortie de filière pour les bêtes qui ne produisent plus.

Sur les pratiques industrielles, l’enquête la plus citée reste celle menée par PETA Asie en 2019 dans des élevages et des abattoirs de Chine et de Mongolie. L’association y documente des chèvres maintenues au sol, les membres tordus pendant l’arrachage des poils, des blessures laissées sans soin, puis un abattage des animaux jugés non rentables. La réaction du secteur donne la mesure du sujet : H&M a renoncé au cachemire conventionnel dans la foulée, et ASOS a retiré ses stocks. Verdict : la fibre est animale, sa production repose sur un élevage. La question du véganisme est tranchée avant même celle du bien-être.

Pulls en cachemire pliés sur des étagères dans une boutique de vêtements haut de gamme.

« Le cachemire vegan, c’est du cachemire végétal » : le mot est réglementé

Voilà le malentendu qui alimente presque toutes les autres confusions. Le règlement (UE) n° 1007/2011, applicable depuis le 8 mai 2012, fixe la liste fermée des dénominations de fibres textiles autorisées sur une étiquette européenne. « Cachemire » y désigne le poil de la chèvre du Cachemire, rien d’autre. Un fabricant qui invente une fibre ne peut pas la nommer librement : il doit déposer un dossier technique auprès de la Commission européenne pour faire ajouter sa dénomination à l’annexe I.

Conséquence directe : aucun produit sans fibre animale ne peut être étiqueté « cachemire ». Quand vous lisez « cachemire vegan » sur une fiche produit, vous lisez un nom commercial qui décrit une sensation, jamais une composition. Le fil Vegan Cashmere Aran de Rico Design, par exemple, est composé à 100 % de polyamide, certifié Oeko-Tex Standard 100. Le fil « Vegan Cashmere » vendu par Mailles Shop, lui, est du pur coton filé selon une technique qui imite le duvet.

Rien de malhonnête là-dedans, à une condition : la composition, elle, est obligatoire et se trouve toujours quelque part sur l’étiquette. C’est le seul endroit où regarder. Le nom du produit peut promettre le cachemire ; le tableau de composition, jamais.

« Le peignage est indolore, donc un cachemire éthique existe »

Cette objection est la plus sérieuse, et elle mérite une réponse honnête plutôt qu’un slogan. Le peignage pratiqué au bon moment de la mue est effectivement bien moins brutal que la tonte à la cisaille. L’éleveuse de Cachemire de Touraine, à Lignières-de-Touraine, explique avoir abandonné la tonte en 2019 précisément parce qu’elle perturbait trop ses animaux, et peigne désormais son troupeau, élevé en mode biologique, sans écornage ni castration.

Le détail qui tranche la question figure pourtant sur le même site : les boucs qui ne trouvent pas d’acheteur comme reproducteurs sont valorisés en colis de viande. Même dans l’élevage français le plus attentif que j’aie trouvé, la fibre reste le coproduit d’un troupeau qu’il faut renouveler. C’est ce que le véganisme refuse, indépendamment du degré de souffrance.

Piège courant

Une mention « cachemire durable » ou une certification de filière portent sur la gestion des pâturages et le traitement des animaux, pas sur l’absence d’exploitation. PETA Asie affirme avoir documenté, entre avril 2022 et février 2023, les mêmes pratiques dans des exploitations mongoles certifiées. Une enquête de New Lines Magazine publiée en décembre 2025 pointe des certifications accordées sur des steppes déjà dénudées. Une étiquette « durable » ne rend jamais une fibre animale vegan.

Verdict : le peignage change le degré de souffrance, pas la nature de la matière. Un cachemire peut être plus ou moins éthique. Il ne peut pas être vegan.

« C’est une matière naturelle, donc écologique »

Le cachemire est biodégradable, et un beau pull se garde vingt ans. Ces deux faits sont exacts. Ils ne disent rien de ce qui se passe en amont.

Depuis la fin des années 1980, le cheptel caprin mongol a triplé. Le pays compte aujourd’hui autour de 27 millions de chèvres, jusqu’à 60 % de son bétail selon PETA. Or la chèvre broute l’herbe jusqu’à la racine et ses sabots accélèrent l’érosion des sols. Dès 2002, le Programme des Nations unies pour l’environnement estimait que 70 % de l’écosystème de steppe mongol était dégradé. La Mongolie-Intérieure chinoise connaît le même phénomène, avec des tempêtes de poussière qui atteignent Pékin.

Le moteur de cette expansion est le prix. Il y a trente ans, le cachemire était réservé au très haut de gamme. Aujourd’hui un pull passe sous les 70 € chez Uniqlo, et C&A a proposé un modèle 100 % cachemire à 49,99 €. Chaque baisse de prix se compense par un troupeau plus grand. Verdict : naturel et biodégradable ne veulent pas dire soutenable à l’échelle où cette fibre se vend désormais.

« Le cachemire recyclé ou d’occasion, c’est vegan »

Le véganisme se définit par l’exclusion des matières d’origine animale. Un pull en cachemire recyclé est fabriqué à partir de chutes de tissu ou de vêtements défilés : la fibre reste du poil de chèvre, et l’étiquette continue de porter la dénomination « cachemire ». Une écharpe chinée en friperie aussi.

La plupart des personnes véganes distinguent l’achat neuf, qui finance la filière, de la seconde main, qui ne finance rien et prolonge un objet déjà produit. C’est un arbitrage personnel parfaitement défendable, et il rejoint la question du cuir vegan et de ses alternatives. Il ne requalifie pas la matière pour autant. Verdict : nuancé sur le plan éthique, négatif sur le plan de la composition.

Les alternatives qui tiennent vraiment chaud

La finesse d’une fibre se mesure en microns : plus le diamètre est faible, plus le contact est doux. Le cachemire tourne autour de 14 à 15 microns, le meilleur alpaga vers 19. C’est l’étalon à battre.

Le calotropis, la piste la plus crédible

Le Weganool est une fibre développée par Faborg, une entreprise indienne installée près d’Auroville, au Tamil Nadu. Son fondateur Gowri Shankar a déposé un brevet fin 2017 sur l’extraction des fibres du calotropis, un arbuste sauvage qui pousse sur des sols arides sans eau ni pesticide. Le tissu mélange 30 % de calotropis et 70 % de coton biologique. Ses fibres sont creuses, comme celles du cachemire, mais faites de cellulose et non de protéine : elles isolent sans rétrécir au lavage, entre 10 et 19 microns. La matière a reçu le PETA India Vegan Fashion Award 2020 et équipe les tricots de la marque allemande Infantium Victoria. Le détail du procédé est documenté sur le site de Faborg.

Les autres options, et ce qu’elles valent

Le Woocoa, né d’un projet d’étudiants colombiens au Biodesign Challenge, combine fibre de coco et chanvre : prometteur, mais confidentiel. Le lyocell (Tencel), cellulose de bois produite en circuit fermé de solvant, donne un tombant fluide et une vraie douceur, sans être très isolant seul. Le polyamide recyclé, c’est ce que vendent les marchands de fil sous l’étiquette « cachemire vegan » : chaud, lavable à 30 °C, mais il relargue des microplastiques à chaque lavage. Le coton biologique brossé et le chanvre restent les valeurs sûres du quotidien.

Pour les pièces d’hiver structurées, la logique est la même que celle qui gouverne le choix d’un manteau vegan : on regarde la doublure, le rembourrage et les finitions autant que le tissu principal.

À vérifier avant d’acheter

Ne lisez pas le nom du produit, lisez la composition : elle est obligatoire sur tout textile vendu dans l’Union européenne, avec le pourcentage de chaque fibre. Un vêtement contenant des éléments animaux non textiles (bouton en corne, cuir) doit porter la mention « Contient des parties non textiles d’origine animale ». « Doux comme du cachemire » et « cachemire végétal » sont des arguments commerciaux, sans valeur juridique.

Éleveur accompagné d'un troupeau de chèvres cachemire dans un paysage montagneux.

Mon analyse, après huit ans à lire des étiquettes

La question qu’on me pose n’est presque jamais « est-ce vegan ». C’est « est-ce grave ». Je comprends l’hésitation : le cachemire est la matière la plus agréable que j’aie portée, et la comparaison avec un acrylique qui bouloche en six mois n’est pas flatteuse pour le camp végétal.

Ce qui a fait pencher mon avis, c’est le prix. Tant que le cachemire coûtait 400 €, la filière restait petite et les troupeaux aussi. À 49,99 € le pull, la fibre est devenue un produit de masse prélevé sur un écosystème qui ne suit pas. Un cachemire artisanal, peigné, français, existe. Il n’est ni vegan, ni disponible à l’échelle où on consomme des pulls. Mon compromis : rien de neuf, et du Weganool ou du lyocell quand je cherche cette sensation précise.

Les questions qu’on me pose le plus souvent

Le cachemire est-il une laine ?

Dans le langage courant, oui. Sur une étiquette, non. Le règlement européen 1007/2011 réserve la dénomination « laine » à la toison de mouton, et classe le cachemire parmi les poils, aux côtés de l’alpaga, du mohair et de l’angora. Techniquement, il s’agit du duvet secondaire de la chèvre, distinct de sa toison de couverture. Cette différence explique le prix : un mouton donne plusieurs kilos de laine par an, une chèvre 150 à 200 g de duvet.

Le pashmina est-il vegan, lui ?

Non plus. Le pashmina est une variété de cachemire issue des chèvres des hauts plateaux du Ladakh et du Cachemire indien, dont la fibre mesure 10 à 15 microns contre 15 à 20 pour le cachemire standard. Il s’agit du même sous-poil animal, simplement plus fin, donc plus cher. Les châles vendus comme « pashmina » à 20 € en boutique touristique sont d’ailleurs presque toujours en viscose ou en polyester : là encore, la composition tranche.

Le cachemire de Mongolie est-il plus éthique que celui de Chine ?

La distinction est largement marketing. La Mongolie indépendante et la Mongolie-Intérieure, région autonome chinoise, produisent ensemble 90 % du cachemire mondial, et de nombreuses marques revendiquent une origine « Mongolie intérieure » pour un produit qui devrait porter la mention « fabriqué en Chine ». La Chine produit environ 10 000 tonnes par an, la Mongolie 2 700. Les pressions sur les pâturages et sur les troupeaux sont documentées des deux côtés de la frontière.

Peut-on tricoter un pull vegan aussi chaud qu’un cachemire ?

Oui, avec des compromis. Les fibres creuses reproduisent le mieux le pouvoir isolant du duvet : Weganool en 10 à 19 microns, ou certaines viscoses de bambou. Le polyamide des fils étiquetés « vegan cashmere » chauffe bien mais génère des microfibres au lavage. Le coton brossé et le chanvre respirent mieux mais isolent moins. En pratique, la superposition de deux couches fines bat toujours une seule couche épaisse, quelle que soit la matière.

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Solène Vasseur

Passionnée de mode responsable depuis plus de 8 ans, j'analyse les matières, les marques et les tendances de la chaussure vegan. Mon objectif : vous aider à trouver des chaussures éthiques sans compromis sur le style.