La Vegan Society est une association britannique fondée en 1944 qui a inventé le mot « vegan ». Son label, le Vegan Trademark (un tournesol stylisé), certifie depuis 1990 que des produits ne contiennent aucun ingrédient animal et n’ont été testés sur aucun animal. En préparant un article sur les labels cruelty-free et vegan, j’ai croisé une dizaine de certifications internationales et françaises : le Vegan Trademark reste le plus répandu au monde, avec plus de 70 000 produits référencés.
La Vegan Society, une association avant d’être un label
La Vegan Society est née un soir de novembre 1944, à Leicester, en Angleterre. Donald Watson et cinq autres végétariens se réunissent pour définir un régime excluant non seulement la viande et le poisson, mais aussi les œufs, les produits laitiers et tout sous-produit animal. Ils cherchent un mot pour qualifier ce mode de vie et choisissent « vegan », contraction de « vegetarian » (le début et la fin du mot, selon Watson lui-même).
L’association est aujourd’hui basée à Birmingham. Elle fonctionne comme une organisation caritative enregistrée au Royaume-Uni, financée en grande partie par les licences de son label. Ses missions dépassent largement la certification : soutien nutritionnel, campagnes d’éducation, plaidoyer politique, publication de ressources pour les nouveaux vegans.
Le Vegan Trademark n’apparaît que 46 ans plus tard, en 1990. Au lancement, seules cinq entreprises ont enregistré un produit. C’était le premier dispositif mondial de certification vegan — à une époque où le mot lui-même restait méconnu du grand public.

Ce que le Vegan Trademark garantit vraiment
Le cahier des charges du Vegan Trademark repose sur trois critères stricts, vérifiés pour chaque produit enregistré. La marque doit fournir la composition complète, la liste des auxiliaires de fabrication, et s’engager sur l’absence de tests animaux.
Les trois conditions à remplir
- Aucun ingrédient animal dans le produit fini, y compris les dérivés (gélatine, cire d’abeille, carmin, lanoline, musc animal, caséine).
- Aucun auxiliaire technique animal pendant la fabrication — par exemple, pas de colle animale, pas de filtration à la caséine.
- Aucun test sur animaux, ni sur le produit fini ni sur ses ingrédients, effectué par ou pour le compte de la marque.
La Vegan Society inclut explicitement l’ensemble du règne animal, insectes compris. Un produit contenant du miel, de la cire d’abeille ou de la soie ne peut donc pas être certifié. C’est un point de différenciation marqué avec certains labels concurrents moins restrictifs sur les produits de la ruche.
Le cas de la contamination croisée
Le label impose aux marques de prendre toutes les mesures raisonnables pour limiter les risques de contamination croisée avec des matières animales — sans pour autant exiger des lignes de production 100 % séparées. C’est une nuance importante : un produit certifié Vegan Trademark peut être fabriqué dans une usine qui produit aussi des articles non vegan, à condition que le risque de contamination soit « activement minimisé ».
Comment une marque obtient-elle la certification ?
Le processus est standardisé en quatre étapes et prend généralement entre 30 et 60 jours ouvrables. Il est accessible aux grandes comme aux petites structures — la Vegan Society ajuste le coût en fonction du nombre de produits à certifier et de la taille de l’entreprise.
À savoir
La licence Vegan Trademark se signe pour 12, 24 ou 36 mois, avec un renouvellement annuel obligatoire des informations produit. Une marque qui modifie sa formule doit la soumettre à nouveau à la Vegan Society avant d’imposer le tournesol sur son packaging.
Concrètement, l’entreprise remplit un formulaire, paye les frais d’inscription, fournit les fiches techniques de chaque ingrédient et signe l’accord de licence. Un conseiller dédié suit le dossier et peut contacter directement les fournisseurs si besoin. Une fois la certification obtenue, la marque reçoit un kit marketing et peut apposer le tournesol sur ses produits, son site et ses supports de communication.
Point important souvent mal compris : la Vegan Society certifie des produits, pas des marques. Une même marque peut avoir trois modèles de chaussures certifiés et quinze autres qui ne le sont pas — soit parce qu’ils contiennent du cuir animal, soit parce qu’ils n’ont simplement pas été soumis à la certification. C’est d’ailleurs la position officielle de l’association : elle préfère enregistrer des produits un par un pour encourager les marques non vegan à développer leurs gammes végétales, plutôt que de valider globalement une entreprise.
Vegan Trademark vs PETA, EVE Vegan, V-Label : les différences
La Vegan Society n’est pas seule sur le marché des certifications. Trois autres labels dominent en Europe et en France : PETA Approved Vegan, EVE Vegan et le V-Label. Chacun a une philosophie et un niveau d’exigence différent.
| Label | Origine | Audit sur site | Cruelty-free | Spécialité | |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Vegan Trademark | Royaume-Uni | Non (documentaire) | Oui | Tous secteurs |
| 2 | PETA Approved Vegan | États-Unis | Non (déclaratif) | Oui (version combinée) | Mode, cosmétique |
| 3 | EVE Vegan | France | Oui (obligatoire) | Oui | Le plus exigeant |
| 4 | V-Label | Suisse / Europe | Variable | Oui | Alimentaire |
Les différences de rigueur sont réelles. EVE Vegan, certifié par Expertise Végane Europe, impose un audit physique sur le site de production — ce que ne fait pas la Vegan Society, qui travaille essentiellement sur dossier documentaire. PETA Approved Vegan se base largement sur un système déclaratif, sans audit indépendant systématique — c’est le plus facile à obtenir, et c’est aussi ce qui lui vaut quelques critiques.
Le V-Label, géré par l’Union végétarienne européenne, reste surtout répandu dans l’alimentaire et la distribution. Il se décline en deux versions (végétarien et vegan) et cohabite souvent avec d’autres certifications sur un même produit.
Lequel est le plus fiable ?
Aucun label n’est parfait. Sur le papier, EVE Vegan offre le cahier des charges le plus strict avec ses audits physiques annuels. Le Vegan Trademark est le plus reconnu internationalement et celui dont les consommateurs se méfient le moins. En pratique, une marque qui prend la peine de certifier ses produits avec l’un de ces quatre labels est déjà plus transparente qu’une marque qui se contente d’un simple pictogramme « vegan » inventé en interne.
Le repérer en rayon : le tournesol et ses variantes
Le logo du Vegan Trademark est un tournesol stylisé, dessiné à la main lors de la création du label en 1990. Il n’a pas changé depuis. Il existe en deux versions (trademark ™ et registered ®), selon le pays où la marque a déposé ses droits — la Vegan Society a enregistré le logo dans 35 pays.
Les marques peuvent adapter légèrement le visuel : changer la couleur (à condition qu’elle soit unie) ou la taille, ajouter un fond si le logo est posé sur une image. Elles ne peuvent pas modifier la forme, ni ombrer certains éléments, ni gras-ser des parties isolées du dessin.
Piège courant
De nombreuses marques apposent un logo « V » ou « vegan » de leur propre création, sans aucune certification. Ces pictogrammes n’ont aucune valeur réglementaire en France — seuls les labels délivrés par un organisme tiers (Vegan Trademark, EVE Vegan, PETA, V-Label) engagent une vérification externe.
Pour vérifier qu’un produit est réellement certifié, le plus simple reste de consulter le registre officiel sur le site vegansociety.com : chaque produit enregistré y figure, avec le nom de la marque et la référence exacte. En cas de doute sur un article vu en magasin, cette recherche prend quelques secondes et évite les confusions avec des logos « inspirés » sans valeur.

Et concrètement, côté chaussures et mode ?
Dans le secteur de la mode, le Vegan Trademark compte plus de 2 500 produits certifiés. C’est peu par rapport à l’alimentaire (17 000+) ou à la cosmétique (35 000+), mais le chiffre progresse chaque année. Côté chaussures, on trouve des marques comme Will’s Vegan Shoes, Matt & Nat (sur ses sacs), ou certains modèles de NAE Vegan Shoes parmi les licenciés réguliers.
Le label est particulièrement utile dans l’habillement parce qu’il couvre à la fois la matière (cuir végétal, coton bio, polyester recyclé) et les auxiliaires de fabrication — colles, teintures, traitements imperméabilisants. Un cuir vegan peut par exemple être certifié tandis qu’une chaussure utilisant ce même cuir ne le sera pas si la colle employée contient un dérivé animal.
À titre indicatif, quand je compare des modèles vegan certifiés à des modèles simplement « déclarés vegan » par la marque, la différence n’est pas dans la matière visible, mais dans ce qu’on ne voit pas : colle de semelle, traitement du tissu intérieur, cire de finition. Le label sert précisément à couvrir ces angles morts.
Questions fréquentes
La Vegan Society certifie-t-elle des marques entières ou seulement des produits ?
Uniquement des produits. L’association a fait ce choix stratégique pour encourager les marques non vegan à développer des gammes végétales. En 2023, elle comptait plus de 70 000 produits enregistrés dans le monde, mais aucune entreprise entièrement certifiée en tant que telle.
Combien coûte la certification Vegan Trademark ?
Les tarifs ne sont pas publics et s’adaptent à la taille de l’entreprise et au nombre de produits. La licence se contracte pour 12, 24 ou 36 mois. Le processus complet prend généralement entre 30 et 60 jours ouvrables.
Le Vegan Trademark garantit-il qu’un produit est écologique ou équitable ?
Non. Le label couvre uniquement l’absence d’ingrédients animaux et de tests sur animaux. Un produit peut être certifié Vegan Trademark tout en étant fabriqué dans des conditions sociales discutables ou avec des matières à fort impact environnemental, comme le polyester vierge. Pour ces critères, il faut combiner le label avec d’autres certifications comme GOTS, Fair Trade ou Oeko-Tex.
Vegan Trademark ou EVE Vegan, lequel choisir quand on est une marque française ?
Tout dépend du marché visé. Pour une exportation internationale, le Vegan Trademark offre la reconnaissance la plus large — il est présent dans plus de 35 pays. Pour une stratégie française ou européenne avec un positionnement exigeant, EVE Vegan est considéré comme plus rigoureux grâce à ses audits physiques annuels. Beaucoup de marques françaises combinent les deux.
Peut-on faire confiance à un simple « V » sur un emballage ?
Non. Les logos « V » ou « vegan » créés en interne par les marques n’engagent aucune vérification indépendante. Seuls les labels certifiés par un organisme tiers (Vegan Society, PETA, EVE Vegan, V-Label) garantissent un contrôle externe. En France, la DGCCRF peut sanctionner les allégations trompeuses, mais l’apposition d’un pictogramme maison reste légale tant qu’elle ne ment pas explicitement.