Manger végétalien à l’étranger traîne une réputation de parcours du combattant. Après une dizaine d’années à voyager végane, de l’Andalousie au Sri Lanka en passant par Berlin, je peux vous assurer que la difficulté ne vient presque jamais de là où on l’attend. Tout dépend de votre destination, de votre logement et de deux ou trois réflexes qui changent absolument tout. Voici la méthode que j’applique à chaque départ.
Avant de partir : la moitié du travail se fait à la maison
Avant même de réserver quoi que ce soit, je passe une demi-heure à regarder ce que mange réellement le pays. Beaucoup de cuisines sont végétales par tradition, bien avant que le mot « végane » existe : le dal et les thali en Inde, le mezze libanais (houmous, taboulé, falafel), l’injera accompagnée de légumineuses en Éthiopie. Repérer ces plats naturellement véganes vous donne une base de repli partout.
On imagine que le problème, en voyage, c’est de ne rien trouver à se mettre sous la dent. C’est l’inverse : les options existent presque partout, mais beaucoup de plats paraissent végétaux sans l’être. Un riz sauté peut cacher de la sauce poisson, une soupe de légumes un bouillon de viande, un plat de haricots un morceau de lard. Le vrai travail, ce n’est pas de dénicher un restaurant végane : c’est d’apprendre à démasquer ces faux amis.

Le deuxième réflexe se prépare aussi à la maison : traduire deux ou trois phrases clés dans la langue locale, et anticiper les malentendus culturels autour du mot « végane ».
Mon astuce
Dans beaucoup de pays, le mot « végane » est mal compris, voire inconnu. Le contournement le plus efficace : dire que vous êtes allergique aux œufs, au lait et au poisson. Une allergie est prise bien plus au sérieux en cuisine qu’une conviction. Préparez la phrase à l’avance avec Google Translate et gardez-la en capture d’écran, consultable même sans réseau.
Enfin, si vous prenez l’avion, pensez au repas de bord. Presque toutes les compagnies proposent un plateau végétalien, référencé sous le code VGML, à commander à l’avance — souvent au moins 24 heures avant le vol. Personne ne vous le proposera spontanément : c’est à vous de le réserver au moment de l’achat du billet, sous peine de vous rabattre sur un plateau standard rarement végétalien.
Sur place : les bonnes apps et le bon réflexe au restaurant
Une fois arrivée, une application fait l’essentiel du travail : HappyCow. C’est un annuaire communautaire qui recense les adresses véganes et végétariennes dans le monde entier, avec les avis, les photos de plats et les horaires, alimenté par les voyageurs eux-mêmes. En France, Vegoresto, le site de l’association L214, joue le même rôle. Je complète avec Google Maps (en tapant « vegan » suivi du nom de la ville) et Google Translate en version hors ligne, téléchargée avant le départ.
Quand il n’y a pas de restaurant dédié, on adapte. La plupart des cuisines acceptent de retirer le fromage d’une pizza, l’œuf d’un pad thaï ou la crème d’un curry. Demander poliment de modifier un plat existant ouvre bien plus de portes que de traquer LE restaurant 100 % végane. C’est là, en revanche, que se cache le piège qui coince le plus de voyageurs.
Piège courant
Les plats les plus trompeurs sont ceux qui semblent végétaux. En Asie du Sud-Est, la sauce poisson (nuoc-mâm) et la pâte de crevette se glissent dans presque tout. En Inde, le ghee (beurre clarifié) parfume légumes et riz. En Amérique latine, les haricots mijotent souvent avec du lard ou du saindoux. Le bon réflexe : demander la composition précise, pas seulement « c’est végétarien ? ».
Se ravitailler malin : logement, marchés et snacks de secours
Mon meilleur allié anti-galère, c’est un logement avec cuisine — un Airbnb, une auberge de jeunesse ou un appart-hôtel. Un simple passage au supermarché ou au marché local règle la question du dîner, souvent pour deux fois moins cher qu’au restaurant. C’est aussi la meilleure façon de goûter les fruits et légumes locaux qu’on ne trouve pas en France : mangues, avocats, fruits de la passion, manioc.
Et je ne pars jamais sans une réserve de secours dans le sac : oléagineux (amandes, noix de cajou), fruits secs, barres de céréales. Ça sauve les longs trajets, les correspondances ratées et les journées d’excursion où le prochain repas correct est à trois heures de route. Une poignée d’amandes ne remplace pas un dîner, mais elle vous évite de céder au premier sandwich au jambon par pure faim.
Toutes les destinations ne se valent pas
Soyons honnêtes : certaines destinations demandent zéro effort, d’autres un peu d’organisation. Et les pays réputés difficiles réservent souvent de bonnes surprises — l’Inde est le pays le plus végétarien au monde, et l’Éthiopie aligne des plats végétaliens grâce aux jours de jeûne orthodoxe. À l’inverse, un pays comme l’Argentine, où le barbecue (asado) est culturellement central, demande davantage de vigilance.
| Destination | Ce qui facilite | À anticiper | |
|---|---|---|---|
| 1 | Inde | Cuisine largement végétarienne (dal, thali, dosa) | Le ghee dans beaucoup de plats |
| 2 | Allemagne / Europe du Nord | Rayons et enseignes véganes très développés | Offre plus rare en zone rurale |
| 3 | Royaume-Uni | Mention « vegan » largement étiquetée en magasin | Petits villages plus limités |
| 4 | Thaïlande / Vietnam | Cuisine riche en légumes, tofu, nouilles de riz | Sauce poisson et pâte de crevette omniprésentes |
| 5 | Éthiopie | Jours de jeûne orthodoxe = plats véganes (beyaynetu, shiro) | Hors jeûne, la viande revient au menu |
| 6 | Argentine / Brésil | Marchés de fruits et légumes abondants | Culture du barbecue, lard dans les haricots |
La règle que j’en tire est simple : plus la cuisine locale est ancienne et végétale, plus c’est facile — indépendamment de la « réputation végane » officielle du pays. Une petite ville indienne se gère mieux qu’une station balnéaire européenne où tout doit être adapté.

Ce que je fais, moi, quand je pars
Avec le temps, j’ai arrêté de vivre ça comme une contrainte. Je préviens simplement mes hôtes ou mes amis en amont, sans en faire un sujet, et je m’adapte : parfois au restaurant, parfois en cuisinant dans le logement. Quand ma conviction n’est pas comprise, je joue la carte de l’allergie, ce qui m’évite bien des discussions inutiles. En dix ans, je ne me suis jamais retrouvée à ne manger que des frites.
Un voyage végane ne s’arrête d’ailleurs pas à l’assiette. Dans ma trousse, je vérifie aussi les cosmétiques que j’emporte — à commencer par la crème solaire, souvent testée sur les animaux ou formulée avec des dérivés animaux comme la cire d’abeille ou certains collagènes. J’explique comment choisir une crème solaire végane dans un autre article : c’est le genre de détail qu’on règle une fois pour toutes avant de boucler sa valise, et qu’on n’a plus à gérer sur place.
Les questions que l’on me pose le plus
Quelle application pour trouver des restaurants végétaliens à l’étranger ?
HappyCow reste la référence : un annuaire communautaire qui couvre le monde entier, alimenté par les voyageurs eux-mêmes, avec avis, photos et horaires. L’application est en anglais, mais l’interface reste simple. Pour la France, Vegoresto, édité par l’association L214, recense les restaurants qui proposent au moins une option végétalienne. Je complète toujours avec Google Maps en tapant « vegan » suivi du nom de la ville : les nouveaux établissements y apparaissent souvent avant d’être référencés ailleurs.
Comment se faire comprendre quand on ne parle pas la langue ?
Le plus efficace : préparer une phrase courte du type « je ne mange ni viande, ni poisson, ni œufs, ni produits laitiers », traduite à l’avance avec Google Translate (téléchargez la langue en version hors ligne). Beaucoup de voyageurs végétaliens jouent aussi la carte de l’allergie, souvent mieux prise au sérieux en cuisine qu’une conviction. Un guide imagé comme le G’Palémo, qui fonctionne par pictogrammes, dépanne quand l’écrit ne suffit pas.
Quels pays sont les plus faciles quand on est végane ?
L’Inde arrive en tête : une grande partie de sa cuisine traditionnelle est végétarienne, et de nombreux plats sont naturellement végétaliens. L’Allemagne et l’Europe du Nord offrent des rayons et des enseignes dédiés très fournis, tout comme le Royaume-Uni, où la mention « vegan » est largement étiquetée. Israël et la Thaïlande sont également confortables. Les destinations les plus exigeantes restent celles où la viande est culturellement centrale, comme l’Argentine ou le Brésil.
Peut-on manger végétalien en avion ?
Oui. Presque toutes les compagnies proposent un plateau végétalien, identifié par le code IATA VGML (vegetarian vegan meal). Il faut le commander à l’avance, en général au moins 24 heures avant le départ, directement lors de la réservation ou dans votre espace passager. Ne comptez pas sur une proposition spontanée à bord : sans commande préalable, vous n’aurez que le plateau standard, rarement végétalien au-delà de quelques accompagnements.